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5/ La mondialisation américaine et l’extension de la crise au monde

5/ La mondialisation américaine et l’extension de la crise au monde
On comprendra mieux ce qui s’est passé aux États-Unis, si on le réfère aux mondialisations antérieures. Dans la première et la seconde, l’essor économique repose sur « les décisions d’investissement et d’embauche des entreprises ». Dans la troisième « sur la propension à consommer des ménages ». Or, à l’origine de la nouvelle expansion américaine à partir de 1995, il y a la conjonction des deux phénomènes : accélération et de la consommation et de l’investissement. Elle résulte d’une « abondance du crédit et d’un engouement pour les technologies nouvelles dans lesquelles les entreprises pensent trouver des gisements inépuisables de productivité et de rentabilité » (Gréau, 2005 : 169). Sur cette base, encore relativement saine, va se produire la perversion financière caractéristique de notre époque. En effet, hier quand l’entreprise empruntait, la Bourse restait vigilante. Si les dettes s’accroissaient, l’entreprise pouvait être sanctionnée par une décote de ses titres. La Bourse exerçait un contrôle régulateur.
Tout cela va changer. Emprunter devient le signe de la lucidité, de l’audace misant sur des investissements novateurs supposés très rentables. Dès lors, les actions des entreprises audacieuses montent et cette hausse est prise comme signe de leur bonne santé. L’élan de l’anticipation tient lieu de preuve et les agences de notation accompagnent l’optimisme général. Les acteurs de l’économie financière constituent ainsi comme un club de « joueurs » qui mettent en œuvre ce qu’ils prennent pour une science et un art de la finance. Par exemple, ils développent les titrisations. Des parts de dettes sont constituées en « titres » supposés rapporter à leurs acheteurs. Ces titres sont évalués et notés en fonction de leurs risques. Ces notes sont si optimistes qu’on pourrait aussi bien les dire truquées. C’est le cas des fameuses « subprimes » représentant des dettes d’emprunteurs bien incapables de rembourser quoi que ce soit. Ces subprimes rapportent, quand même, au premier qui les achète, en connaissance de cause, pour les revendre aussitôt à quelque prêteur inconscient.
On dira que la corruption a toujours existé. Toutefois, aujourd’hui, étant donné la place disproportionnée et hors contrôle que s’est adjugée la finance internationale, elle a la possibilité de mettre en péril toute l’économie mondiale. Les subprimes ne sont que le sommet de l’iceberg. Le fond du problème, c’est la constitution d’une économie de l’imagination sans limite et sans scrupule. Cela n’est devenu possible qu’avec la conjonction de deux dimensions nouvelles. D’une part, celle de la nouvelle économie de l’immatériel dans laquelle l’idée occupe la première place. Mais, d’autre part, et surtout, le fait que les États-Unis se sont posés comme modèle économique pour les autres pays, ils doivent ainsi faire à tout prix la preuve de la suprématie de ce modèle. D’où un emballement incontrôlable qui se doit de tout essayer. C’est dans ces conditions que l’imaginaire économique décroche du réel. Un empirisme désordonné laisse libres tous les apprentis sorciers de la finance nouvelle. D’ailleurs pourquoi se généraient-ils puisque non seulement les politiques ont cru bon de se soumettre à une économie prétendument autorégulatrice et, en même temps, sans souci des contradictions, ils font croire qu’ils peuvent quand même la réguler en cas de difficulté grave. En réalité, les événements leur échappent. Constatons-le.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia