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6/ Une réserve fédérale américaine complice et impuissante

6/ Une réserve fédérale américaine complice et impuissante
Nous l’avons vu, la 3e mondialisation met fin à l’opposition entre les deux blocs. Mais surtout, en obtenant sans guerre supplémentaire, l’effondrement de l’Urss et l’évolution de la Chine, elle fonde l’idéologie nouvelle d’une croyance au miracle, même politique de l’économie.
Seule, cette fondation historique permet de comprendre les conduites des politiques. Ils ne vont pas seulement leur laisser l’initiative, ils vont les accompagner, les soutenir, leur laisser penser qu’ils seront en mesure de remédier aux erreurs. Ces prétentions sont démenties par les faits. Le maître de cet exercice, il Maestro, fut Alan Greenspan qui présida aux destinées de la Federal Reserve de 1987 à 2006. Compte tenu des interférences dans l’évolution économique de l’Amérique, l’exercice de contrôle des marchés financiers était devenu difficile. Il aurait fallu contrer le mouvement d’emprunts massifs en portant leur taux à des niveaux par ailleurs dangereux. Gréau le souligne La réserve fédérale américaine ne voulait pas casser une expansion créatrice d’emplois… Elle préféra faire le pari que la productivité croissante des entreprises justifierait les anticipations de profit faites par les cours élevés de la bourse ».
Il faut bien voir que non seulement les marchés gardent toute initiative comme celle de fabriquer, nous l’avons vu, des titres avec des dettes insolvables mais encore ce sont les ménages eux-mêmes qui sont incités à prendre des risques. Daniel Cohen décrit clairement ce processus : « Aux Etats-Unis, un dispositif très laxiste leur permet d’accroître leur dette au fur et à mesure que la valeur de leur patrimoine immobilier augmente. Chaque hausse des prix de l’immobilier est l’occasion de recharger leur dette, à hauteur de la plus-value observée et de dépenser davantage » (Cohen, 2009a : 253).
Vient le moment où les prix, longtemps surestimés, finissent par baisser. Fort nombreux sont ceux dont la vie même est comme détruite quand ils en perdent tous les supports.
Tout au long des événements, Alan Greespan a lui même été contraint d’évoluer. Dès 1994, il reconnaît une faille dans son idéologie. Il a fait « une erreur en pensant que des organisations mues par la recherche de l’intérêt privé, banques et autres étaient, pour cette raison, les mieux à même de protéger leurs actionnaires et leurs investissements. » En 1996 il diagnostique clairement « l’exhubérance irrationnelle des marchés ». On a nommé « Greenspan put » le fait que les marchés étaient persuadés « qu’Alan Greenspan viendrait toujours à leur secours ». Pour Xavier Ragot « banques et fonds d’investissement s’étaient convaincus qu’en cas de crise, l’intervention publique serait vigoureuse pour en limiter les effets négatifs...que tout serait fait pour éviter l’effondrement du système. Selon cette interprétation, l’excessive prise de risque des marchés financiers proviendrait de la prescience d’acteurs qui anticipaient (à juste titre) l’intervention de l’Etat. » (Cohen et Askenazy, 2010 : 18).
La formule de Paul Krugman est plus radicale. Il écrit : « Face, le spéculateur gagne ; pile, le contribuable perd ». Si sa spéculation tourne bien, le spéculateur peut gagner gros. Si elle tourne mal, c’est le contribuable qui paye. Daniel Cohen (2009a : 254) va dans le même sens, il indique que le financier se place entre le prêteur et l’emprunteur. Si le crédit génère des gains, le financier les partage avec le prêteur. Mais s’il s’agit d’« un crédit pourri, les pertes sont alors entièrement pour celui qui a prêté… ». Il précise : « Pour les financiers qui ont gagné 100 milliards pour 4 000 milliards de perte le solde est toujours positif. Quoi qu’on fasse ensuite, on ne pourra jamais privatiser, faire payer par ceux qui sont les coupables les milliards qu’ils ont fait perdre à la société... Si le trader gagne, il gagne tout, et s’il perd, il perd éventuellement son emploi, peut-être même sa carrière mais sa perte ne sera jamais proportionnée à celles qu’il a fait subir aux autres ».

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia