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7. Les Polonais, l’Etat et la Nation

7. Les Polonais, l’Etat et la Nation
1) Une grande Pologne, entre l’est et l’ouest
Le royaume de Pologne (1025) a été confirmé par la papauté en 1076. Quand Boleslas III partagea ce royaume entre ses quatre fils, cette division va entraîner une domination germanique de deux siècles (1138/1305), ce qui n’empêcha pas la Pologne d’être ravagée par les Mongols (1241).
Au coeur de ces diverses difficultés d’emblée venues à la fois de l’ouest et de l’est, l’Eglise catholique apparaît comme le point fondamental de l’ancrage des Polonais. En même temps, “les évêques et la petite noblesse terrienne, la szlachta, font appel à des paysans, artisans, commerçants d’Allemagne pour hâter l’occidentalisation du pays” (Mourre, p. 3588). La Pologne se fait aussi conquérante dans la Russie kiévienne où les villes vont bénéficier du droit allemand de Magdebourg. A cette époque, les rois de la première dynastie polonaise, celle des Piast, jouissent d’un certain pouvoir. L’un d’eux fut même surnommé “le roi des paysans” tant il s’efforçait d’améliorer le sort du peuple”. Il cherchait à favoriser le développement de l’industrie, l’expansion commerciale. Il acceptait les Juifs chassés d’autres pays . Dès 1364, il fonda une université à Cracovie.
On ignore généralement qu’à cette époque, la Pologne va devenir pendant près de deux siècles la première puissance de l’Europe orientale. C’est la Pologne monarchique des Jagellons. Ce sont à l’origine des Princes de Lituanie qui se sont convertis au catholicisme polonais entraînant avec eux leurs sujets. Cette Pologne comprenait aussi la Russie Blanche et une grande partie de l’Ukraine avec Kiev. “Démesurément étendu, luttant à l’Ouest contre le germanisme des Chevaliers Teutoniques, à l’Est contre les Princes russes orthodoxes et les Tatars, et bientôt au sud-est contre les Turcs Ottomans, l’Etat polono-lituanien, n’est au début qu’un assemblage de seigneuries sans grande cohésion” (Mourre). La constitution Nihil novi “rien de nouveau” précisa que les trois ordres de la nation, le roi, les sénateurs et les députés des assemblées locales, prenaient les décisions d’un consentement commun
Étendant sa suzeraineté sur la Prusse orientale et la Courlande, annexant la Livonie, l’Etat polono-lituanien se pose comme indissolublement uni (Diète de Lubin, 1569). A cette date “la Pologne est deux fois plus peuplée que la France d’alors et son territoire deux fois plus étendu que celui de la France actuelle.
C’était un des pays les plus tolérants de l’Europe, celui de Copernic”. On y accueillait les Juifs et les Moraves et les idées protestantes circulaient librement.
En 1573, la diète de Varsovie rendit la monarchie éligible et les capitulations (pacta conventa) s’imposèrent à Sigismond III (1587/1632) limitant encore le pouvoir monarchique. La monarchie en fut finalement paralysée et se durcit à travers une contre-réforme poursuivant les “protestants”.
En politique extérieure, elle voulait affronter la Suède pour la maîtrise de la Baltique mais les grands propriétaires fonciers souhaitaient plutôt la conquête de terres nouvelles à l’Est. Sigismond III occupa même Moscou et son fils fut élu tsar par les Boyards avant d’être rejeté avec l’installation des Romanov.

2) Les divisions intérieures de la Pologne entraîne son déclin
Ce qu’a connu la France avec la prise de position des nobles immigrés contre le gouvernement révolutionnaire fut un phénomène bien plus prégnant et présent dans l’histoire de la Pologne avec cette différence importante que le régime auquel s’oppose la noblesse conservatrice n’est pas une République mais une Royauté dont on vient de voir que cette noblesse l’a considérablement affaiblie.

En particulier, l’institution du liberum veto stipulait qu’aucune décision ne pouvait être prise si un seul parmi les nobles s’y opposait. La noblesse tenait par dessus tout à ses privilèges et n’hésitait pas pour les maintenir à conclure des alliances étrangères.

Mourre souligne quelques-uns de ces épisodes. Lors de l’invasion de la Pologne par les Suédois (1656), “Il y eut de nombreuses trahisons dans la grande noblesse, mais la paysannerie, la bourgeoisie des villes, la szlachta, furent soulevées par un sursaut patriotique et résistèrent (monastère de Czestochowa).

Pareillement, bien plus tard en 1767, quand Stanislas Poniatovski voulut appuyer les réformes et en particulier restreindre le liberum veto, les “nobles conservateurs répliquèrent en formant la confédération de Radom et appelèrent à l’aide les troupes russes qui contraignirent au maintien des anciennes libertés de la Noblesse”.
De nouveau en mai 1792, des nobles réunis dans la “Confédération de Targowica”, firent encore appel à la Russie. Ils refusaient la constitution de mai 1791, produite par une majorité composée aussi de nobles réformateurs lors d’une Diète qui siégea pendant quatre années.
En effet, cette constitution stabilisait la monarchie en la rendant héréditaire, abolissait le liberum veto qui paralysait les décisions, accordait l’autonomie aux villes, ouvrait aux bourgeois les mêmes privilèges qu’aux nobles.

De son côté, sans préciser davantage, l’historien Carol Modzelewsky rappelle que “lors des insurrections nobilières de 1794, 1830, 1848, 1863, à chaque fois des problèmes se sont posés entre les nobles et le peuple”.
Il prolonge cette observation jusqu’à nos jours en écrivant : “le populisme qui prend aujourd’hui le dessus au sein de Solidarnosc exprime la déception à l’égard de l’option néolibérale de nombre d’intellectuels et de leaders historiques.



3) Une Pologne qui perd son Etat mais se maintient comme nation
La Pologne affaiblie allait être facilement la proie des ententes de ses voisins pour se partager son territoire. Quatre partages sont mis en oeuvre en 1772, 1793,1795 et 1815 (Congrès de Vienne). Dès le premier partage, elle passe, en territoire, de 733.000 à 211.000 km2 et en population, de 11 4000.000 habitants à 4 500 000. En fin de compte, la Pologne disparaît comme Etat. Cependant elle résiste comme nation à tel point que, pour la période 1815-1914, les historiens parlent de Pologne russe, prussienne, autrichienne.

Dans la Pologne prussienne après les insurrections de 1830, de 1846, la participation polonaise à la révolution de 1848, la tendance libérale ne parvint pas à se maintenir. La Prusse mit en place “une politique de germanisation systématique et intensive” Le Kultur kampf justifia des mesures contre l’Eglise catholique. La langue allemande fut imposée dans l’enseignement (1871), dans l’administration (1876) et finalement dans le catéchisme même (1900). La Prusse prit plusieurs lois d’expropriation pour installer des colons allemands. Les Polonais s’organisèrent financièrement pour racheter les terres qu’ils avaient dû vendre. Par exemple, en Posnanie, où cela renforça la solidarité entre propriétaires et paysans.

La Russie, comme la Prusse, met en oeuvre des mesures multiples auxquelles les Polonais résistent par des insurrections, par une véritable guérilla appuyée sur la complicité des paysans obligeant les Russes “à brûler les biens, à pendre et à déporter les gens. Des milliers de personnes s’exilèrent aussi après les échecs des insurrections. On peut, avec Michel Mourre, parler pour la partie russe “de destruction systématique de la nationalité polonaise” allant “jusqu’à l’abolition de la langue polonaise, à la russification de l’enseignement et de la justice”. L’opposition polonaise resta irréductible et les écoles russes furent désertées ce qui fut aussi cause d’un analphabétisme dans les masses rurales. Les nobles s’instruisaient chez eux.

Seule la Pologne autrichienne fut un peu épargnée et son atmosphère plus libérale offrit un refuge aux Polonais qui travaillaient à la résurrection du pays, comme le patriote socialiste Pilsudski.

4) La “résurrection” de la Pologne
A partir du Traité de Versailles (juin 1919) réglant les frontières occidentales de la Pologne, Il fallut encore près de trois années de plébiscites et d’opérations militaires dont la Guerre polono-soviétique et l’intervention d’une Commission interalliée pour aboutir au traité de Riga (mars 1921) fixant les frontières orientales largement à l’est de la ligne Curzon. Dès 1921, une Constitution “inspirée par la Constitution française de 1875, établit un régime démocratique parlementaire. Mais après le coup d’Etat de Pilsudski, la Constitution de 1935 accentua les pouvoirs présidentiels.

Au début de la Deuxième Guerre mondiale, la Pologne fut aussitôt vaincue par l’Allemagne et subit cinquième partage, cette fois entre l’Allemagne et la Russie (sept. 1939). Par la suite, elle allait subir un double martyre, à la fois du côté de l’U.R.S.S. et du côté de l’Allemagne. Vers la fin de la guerre, l’insurrection de Varsovie (août-octobre 1944) fut réprimée par l’Allemagne, la Russie laissant faire au lieu de porter secours.
Dès janvier 1945, les troupes soviétiques prennent possession de Varsovie puis de toute la Pologne. Aux conférences de Yalta et de Potsdam (02 et 08-1945) la Pologne est reconstituée entre la ligne Oder-Neiss à l’ouest et la ligne Curzon à l’est. Tout cela entraîne de nombreux mouvements de population. La Pologne reste entièrement sous l’influence soviétique. Elle devient une démocratie populaire à partir de réformes économiques collectivistes. Le nouveau pouvoir s’en prend à l’Eglise catholique.
De plus, l’échec économique entraîne grève et manifestation avec demande d’amélioration du niveau de vie, élections libres et départ des troupes soviétiques. Gomulka, précédemment écarté, est rappelé mais, dans le contexte du Printemps de Prague, il durcit sa politique. Il en résulte, en décembre 1970, les révoltes de Gdansk.
L’orientation économique de la Pologne change, elle s’ouvre avec le commerce extérieur sur l’Occident avec lequel, dès 1974, elle fait la moitié de ses échanges. Cela n’empêche

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia