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2. Pseudo “post-national” et citoyennetés artificielles

2. Pseudo “post-national” et citoyennetés artificielles
Pierre Beckouche (253 et s.) s’interroge sur les différentes sorties de l’Etat-Nation qui nous sont proposées.
137-138 - il se peut également que la citoyenneté commune envisagée par le Traité de Maastricht ne pourra en fin de compte se baser essentiellement sur une convergence économique “il n’y a plus de citoyens, il n’y a que des clients” disait récemment un éminent universitaire anglais (36) Une convergence d’intérêts économiques, si elle peut représenter un premier pas vers une conception mature d’une citoyenneté commune qui dépasse les frontières nationales, n’en fournirait qu’une base extrêmement fragile” (Swift)
Il récuse la sortie par l’économique et le marché. Car alors “il ne pourrait s’agir que d’une citoyenneté diminuée qui relèverait des simples garanties politiques du fonctionnement économique. Ces perspectives pourraient favoriser la référence principale à la régionalisation du monde comme constitution de blocs économiques plurinationaux et, d’autre part, les réseaux comme liberté transnationale des acteurs économiques”.
Il voit une autre fausse sortie hors de l’État-Nation celle qui relèverait, cette fois, “moins de la liberté économique que de la liberté relationnelle interindividuelle”. Il s’agirait de “l’illusion d’une société civile universelle résultant de l’accès libre et direct de chacun à chacun”.
On voit bien là le fantasme d’un courant communautaire qui avait tout son sens dans le lointain passé de l’humanité mais qui - s’il n’a pas disparu comme vérité humaine - ne peut en aucun cas obtenir aujourd’hui un rôle structurant principal.
Autre fausse sortie encore, “la liberté de l’identité à la carte, en fonction d’un cercle géographique des allégeances : villes, régions, nations, Europe”. Solution qui n’est pas sans rapport avec les visions italienne et espagnole. En Europe même ; nous sommes menacés, sous couvert de libéralisme, par un « totalitarisme » européen qui sacrifie les citoyennetés, c’est-à-dire la compétence législatrice des espaces publics à une “Loi de l’Histoire”.Il faut être résolument clair sur un point, à part l’usage partagé de l’euro, il n’y a pas, pour l’instant, de véritable espace public européen.
A ce jour, l’Europe n’offre pas la possibilité d’un Verfassungspatriotismus. Et s’il n’y a pas d’espace européen de discussion républicaine, il n’y a que des peuples tiraillés entre l’adhésion à un Libéralisme universel, qui ne concerne les populations des Etats nationaux que par ses effets économiques et sociaux positifs ou négatifs, et la tentation du repli sur les identités du sol et du sang.
Bref, la conception actuelle de l’Europe nous donne le choix entre le totalitarisme de la pensée unique libérale, qui se présente comme la Loi de l’Histoire, et le populisme du retour aux identités locales glorifié sous l’appellation “d’Europe de régions”.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia