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5. Communauté et citoyenneté, une construction antagoniste ?

5. Communauté et citoyenneté, une construction antagoniste ?
La conception américaine de la “république nationale”, avec son patriotisme et son culte de vertus civiques, n’a pas résisté à l’hétérogénéité de la nation et a cédé la place à la conception libérale d’une “république procédurale” dans laquelle la procédure équitable remplace l’attachement à des valeurs et à des buts communs. On peut y voir à juste titre le talon d’Achille des théories libérales. Pourtant, l’un des mérites du “communautarisme” américain est d’avoir compris que le morcellement de la société ne doit pas être conçu comme un fléau moderne auquel il faudrait opposer la cohésion de la communauté, mais qu’il est aussi la condition sine qua non de la démocratie. La conception républicaine française, érigée en morale, ne possède pas le monopole de la modernité, même si elle a incontestablement eu l’immense mérite de transformer les appartenances communautaires pré-modernes en souveraineté politique moderne”. Et c’est vrai aussi que “Tout différentialisme qui, sous couvert d’affirmative action, établit des accès particuliers aux droits fondamentaux risque d’abonder dans le sens de la ghettoïsation, de rétablir des classes différentes de citoyens et par là même de mettre en cause la souveraineté politique”.
“A partir des domaines les plus variés, allant de retours du religieux aux pratiques communicationnelles propres aux NTIC en passant, bien sûr, par la politique, on constate une tribalisation de liens de socialité; le morcellement de la société civile coïncide avec l’émergence de nouvelles formes de communautés, qui se distinguent des communautés organiques traditionnelles : des communautés qui s’élaborent autour de pratiques communes ou d’un désir de vivre en commun et qui reposent au premier chef sur l’affirmation d’une différence. Se dessine le spectre d’une collection de collectivités qui, sous le prétexte de faire reconnaître leurs différences, ne militent finalement que pour leur “ghettoïsation”.
Raulet, p. 177 “L’Etat nation, et bien sûr plus encore l’Etat nation fondant sa conception de la citoyenneté sur l’adhésion à sa Constitution, demeure un passage inévitable qu’il est impossible et dangereux de vouloir sauter. C’est dans ce cadre que s’opère la fusion du sujet et de l’Homme, l’acte de naissance du citoyen et de la souveraineté républicaine.” Pour Gérard Raulet, les Etats nations républicains peuvent être considérés comme des “transformateurs qui peuvent seuls garantir le passage du sujet à l’homme libre”. Raulet p. 164 “Kant envisage aussi une autre forme d’universalisation, celle qu’impose la nature en jouant de “l’insociable sociabilité” humaine ; par le commerce, voire par la guerre elle force les hommes à entrer en relation.
L’enseignement actuel qu’on peut tirer de cette alternative est le suivant : si nous ne faisons pas l’Europe dans l’esprit de la citoyenneté, c’est-à-dire en mobilisant les capacités d’intégration républicaines, ce sont les lois “naturelles” du commerce (pour autant que celles de la guerre nous soient épargnées) qui la feront à notre place, par la soumission universelle à l’économie.”

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia