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9. L’approfondissement interculturel européen et mondial

9. L’approfondissement interculturel européen et mondial.
Les États modernes se sont tous plus ou moins “construits sur la force avec à leur tête des élites non représentatives”. Il en va différemment de l’Europe constituée sur la base d’une volonté de pactes entre les États démocratiques. Il souligne la nécessité d’une forte capacité intellectuelle et d’une forte volonté politique pour produire une identité européenne extraite des références multiples des sociétés européennes.
Il cite les paroles de A. Smith : “Le succès de l’Union européenne requiert le développement d’un certain type d’identité européenne avec ses mythes, valeurs, symboles, souvenirs communs extraits de l’héritage commun, tâche herculéenne qui aura besoin d’être dirigée intellectuellement et politiquement”. Ce qui suppose, dit-il, un haut niveau de moralité, et il pose la question : en serons-nous capables ?”
A. Smith, National Interest, Hardmonsworth, Penguin, 1991
On devrait le comprendre, l’ensemble des processus de citoyenneté ne consiste pas en un additif mécanique de citoyennetés du local au mondial. Ces processus doivent pouvoir entrer en résonance à partir des lieux plus petits ou plus grands où ils se mettent en oeuvre. Il n’y a pas d’autres possibilités de remonter la pente de la décitoyenneté et de la corruption étendue des relations humaines. En terme de secteurs, cela signifie restaurer le déploiement d’un informationnel non serf du religieux, du politique ou de l’économique. C’est-à-dire d’un informationnel interculturel.
En terme d’Europe, cela signifie ne pas courir derrière une Europe qui reste en un sens fictive si elle n’est qu’une Europe de papier-monnaie ou de papier juridique.
Ces Europes peuvent avoir leur sens mais seulement dans la mesure où se met aussi en oeuvre une Europe réelle faite de peuples historiques qui ont encore à se découvrir et à s’unifier. Ils ne pourront le faire que si cette unification concerne leurs diversités réelles acquises et en genèse.
C’est sur la base du déploiement d’une telle expérience que l’Europe pourra se développer au-delà d’elle-même, au niveau du monde.
Un travail intense est à mettre en oeuvre et à poursuivre concrètement, à tous les niveaux des engagements : citoyens, professionnels, syndicaux, associatifs. Mais également aux plans de l’informationnel éducatif, scolaire et universitaire. Faute de quoi, ce sont les courants structurants les plus simplificateurs qui l’emporteront : ceux des identités locales ou ceux d’un pseudo-universalisme économique mondial.
En ce sens, la reconnaissance des cultures n’est pas un projet passéiste pour leur conservation. Elle est un projet réaliste d’intégration effective et non fictive des sociétés.
Une citoyenneté européenne restera fictive si elle ne sait pas retenir et accompagner dans son universalisation les universalisations antérieures. Cela comprend des universalisations nationales mais aussi religieuses.
La citoyenneté a deux visages. D’une part, elle est le produit d’un certain équilibre entre le particulier et l’universel, c’est-à-dire entre les intérêts locaux, régionaux, nationaux, continentaux et, d’autre part, l’humain. Comme processus, elle est toujours en chemin du particulier à l’universel. Elle se défigure si elle inverse ce sens.

Dans cet esprit, on a pu proposer une profonde et belle formule : “La citoyenneté européenne sera plus que la citoyenneté nationale ou elle ne sera pas”.
Il faut déjà penser à le dire aussi de toute citoyenneté mondiale encore lointaine. Elle sera plus que les citoyennetés continentales que nous essayons d’inventer si laborieusement aujourd’hui.
Cela souligne qu’une citoyenneté nouvelle n’a de sens que comme prolongation, dépassement, intégration, innovation par rapport à la citoyenneté d’hier.
L’enjeu est clair. L’interculturation se fait toujours, avec ou sans nous. Elle est barbare ou civilisée à la mesure des ressources barbares ou civilisés qu’y mettent les humains. Quelles différences avec hier ?
Une, petite mais importante : les processus d’interculturation à l’oeuvre commencent à être connus et compris. C’est la première condition pour que nous ayons une chance d’intervenir de façon plus réfléchie et moins sauvage. Il nous appartient qu’il en soit ainsi.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia