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4/ Les interprétations et les adaptations antagonistes binaires

4/ Les interprétations et les adaptations antagonistes binaires
Dans la perspective que nous présentons ici, on doit, à George Steiner, une référence précieuse au génie précurseur de Humboldt : « Plus d’un siècle avant nos modernes structuralistes, Humboldt remarque la distribution binaire du processus qui sert de trait d’union avec ses antinomies fondamentales comme l’interne et l’externe, le subjectif et l’objectif, le passé et le futur, le privé et le public. La langue ne se réduit pas à un lien de communication entre interlocuteurs. C’est une médiation dynamique entre les pôles de la connaissance qui impriment à l’expérience humaine une structure sous-jacente double et dialectique ».
Il est vrai, les références binaires ont souvent soulevé bien des méfiances et même des condamnations. Les dualismes métaphysiques ont été critiqués par Derrida, les dualismes de classe par Bourdieu. Toutefois, nous ne pouvons pas penser sans faire de distinctions. Malheureusement, celles-ci peuvent aussi devenir des oppositions excessivement stabilisées, durcies, parfois même sacralisées. La représentation quitte sa modeste fonction d’approximation partagée et se prend pour plus réelle que le réel. Les distinctions engendrent des contraires définitifs entre lesquels nous sommes sommés de choisir. Jean-Claude Guillebaud rappelle que la philosophe Simone Weil dénonçait déjà cet « égarement des contraires », ce « dualisme simplificateur qui prétend opposer sans nuance le bien et le mal, le haut et le bas, la terre et le ciel ».
Plus récemment, le philosophe américain, Hilary Putnam (2004 : 19), a repris la question. Il précise que son illustre prédécesseur John Dewey « n’a pas contesté qu’il puisse être utile, à certaines fins, de tracer une distinction, par exemple entre les faits et les valeurs ; ce qu’il a critiqué, c’était plutôt le dualisme fait / valeur ». Putnam conclut clairement : « Un malentendu que son œuvre tend constamment à susciter est celui qui consiste à croire que lorsqu’il attaque ce qu’il appelle les dualismes, il attaque par là toutes les distinctions. Il est important de respecter la distinction entre un dualisme philosophique et une distinction philosophique. »
L’interprétation peut donc prendre acte, en toute sécurité, d’une adaptation humaine qui se structure autour d’orientations opposées. Libres et déterminées par la géographie et l’histoire, les stratégies humaines composent les oppositions de mille façons. Les adaptations antagonistes déploient leurs dialogiques créatrices de compositions fines et nombreuses. D’où la riche diversité des cultures mais aussi leur grande complexité quand les réponses culturelles cumulées et croisées font système.
Cela change profondément les ressources de l’interprétation dans la communication interculturelle. En effet, l’interprétation n’y est plus écartelée entre un universalisme mal assuré et un culturalisme réducteur, elle peut se référer aux adaptations antagonistes qui engendrent les conduites, toujours, en même temps, humaines et culturelles.
L’interprétation dans la communication interculturelle a ainsi la possibilité décisive de se référer à la construction antagoniste de l’adaptation humaine au cours de la genèse des cultures : passée, en cours et à venir. Cela lui donne des atouts nouveaux exceptionnels dont elle doit comprendre le sens et apprendre l’usage. Donnons-en maintenant quelques exemples.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia