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6/ « Réserve, expression »- « Implicite, explicite »

6/ « Réserve, expression »- « Implicite, explicite »
Roman Jakobson a mis en évidence une fonction émotive ou expressive de la communication dont la régulation est fort variable. Selon les cultures, une grande expressivité est normale ou bien elle choque. Marc Bosche (1995) s’est intéressé aux malentendus culturels entre Coréens et Français. Les Français embarrassent les Coréens par l’imposition de leurs propos, tandis que ces derniers agacent les premiers par une réserve qui les rend difficiles à comprendre. On est en présence d’un réel dilemme adaptatif : s’intégrer avec discrétion ou vouloir se faire reconnaître des autres comme personne singulière.
La logique adaptative antagoniste est souvent compensatoire. Une même culture n’est pas toute expression ou toute réserve. Elle répartit différemment l’une et l’autre. Certaines cultures séparent fortement travail et détente. D’autres préfèrent les mêler. Mais aucune culture ne peut renoncer aux deux nécessités adaptatives de réserve et d’expression. Pascal n’était pas coréen mais honnête homme du XVIIe siècle français quand il écrivait : « le moi est haïssable ».
Hall a mis en évidence deux orientations opposées de toute communication. Si mon interlocuteur est un familier, je partage un large contexte avec lui. Je peux et même je dois être implicite, allusif, pour ne pas lui répéter ce qu’il sait déjà.
Si mon interlocuteur est un étranger, il faut que nous soyons capables ensemble de définir ce que nous disons puisque nous ne connaissons pas les mêmes choses et n’usons pas des mêmes mots. Ainsi, l’implicite requiert l’allusion, l’explicite requiert la définition.
L’adaptation humaine doit pouvoir non pas choisir une orientation ou l’autre, mais les doser. En effet, mon interlocuteur est rarement tout à fait familier ou tout à fait étranger. Nous ne communiquons bien ensemble que si nous inventons notre dosage unique d’allusions et de définitions. Mission souvent impossible. On comprend que la communication et l’interprétation soient si difficiles.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia