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1. La première anthropologie culturelle française

1. La première anthropologie culturelle française.
Rappelons que Montaigne, en son temps, prend déjà une position très claire. Il n’est pas question pour lui de traiter simplement de barbares et de sauvages ceux qui ne nous ressemblent pas. Il écrit : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Nous n’avons aucune mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes ». En fait, la conception factuelle ethnographique de la civilisation relève de toute une tradition. C’est elle d’ailleurs qui va favoriser le passage du singulier au pluriel. Lucien Febvre pense trouver pour la première fois cette substitution dans un texte de Pierre Simon Ballanche (1981) datant de 1819. Cette conception factuelle ethnographique que l’on trouve aussi chez Ibn Khaldoun (1377), chez Bacon (1537) se prolongera chez Locke (1689).

Maurice Mauviel poursuit : « La pensée française au XVIIIe siècle a joué un rôle non négligeable dans l’élaboration d’une première ébauche du concept scientifique de culture. Il n’est peut être pas inutile de rappeler que la France connut les premiers ethnographes ; l’un d’entre eux J. N. Demeunier est considéré par certains anthropologues nord-américains, dont Marvin Harris, comme le plus grand du siècle des Lumières ».

Par la suite, nous l’avons dit, nombre de chercheurs français seront davantage séduits par la préoccupation universelle des Lumières soucieuse de la nature humaine en général. C’est ainsi qu’un Diderot voyage sans vraiment s’intéresser aux expressions culturelles des ressortissants des pays qu’il traverse.

Il n’en va pas de même pour les idéologues tels que Volney, Garat, Ginguené, Bonstetten, Mirabeau. Ils se déplacent en Europe mais aussi hors d’Europe. Ils cherchent à définir et à situer les ethnocentrismes, les préjugés. Ils fondent donc bien une anthropologie culturelle Et ils ont à cœur d’observer les conduites culturelles des ressortissants des pays où ils se trouvent.

Garat en fait même une profession de foi politique « les philosophes avaient pénétré dans les Palais des Rois, la chaumière du Laboureur est une demeure qui leur convient bien davantage. Ainsi, Ginguené dans son histoire littéraire d’Italie décrit « l’humble vie des paysans de la région de Padoue au XVe siècle ».

Dominique Joseph Volney voyage en Lybie, effectue un long séjour en Syrie (1787). Cheminant à pied ou à cheval, il apprend même l’arabe. Il étudie les processus d’enculturation des enfants. Il séjournera également en Amérique du nord, publiera même un vocabulaire de la langue Miami. « Il suggéra au gouvernement américain la fondation d’un Institut chargé d’étudier les langues indiennes en voie de disparition ». Il s’interrogeait sur la possibilité pour une telle étude de « préciser l’origine du peuplement initial de l’Amérique ». comme le souligne Jean Gaulmier, auteur de « L’idéologue Volney ». Mauviel trouve stupéfiant cet oubli des Idéologues. Il est heureux que Georges Gursdorf les ait considérés comme victimes d’un véritable refoulement. Sergio Moravia le déplorait aussi.

Par contre, on regrettera qu’un Edward Saïd ne voit, dans l’anthropologie française du XVIIIe siècle, qu’une entreprise de « mesureurs de crâne précurseurs du colonialisme ».

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia