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3/ La traduction et l’évolution des mots et des choses

3/ La traduction et l’évolution des mots et des choses.
En effet, la contradiction dynamique intralinguistique se déploie dans l’interlinguistique : « La traduction constitue l’opération qui met le plus directement en cause la clôture terminologique du lexique. C’est particulièrement évident avec les apories de l’intraduisibilité qui nous rappellent à la contingence idiomatique de nos langues et qui semble marquer les limites infrangibles à leur domestication terminologique. »
Ladmiral donne nombre d’exemples dont celui de la traduction de « scotomisation » à propos de laquelle il précise. : « Avant que le traducteur (humain) puisse prendre une décision, il lui aura fallu procéder à une sémantisation globale de la plage de texte plus ou moins étendue où apparaît le terme et où il prend son sens véritable ». En effet, « scotomisation » en l’occurrence, peut ne relever que d’un emploi métaphorique avec le sens d’« occultation », de « point aveugle ». Alors, il conviendra « d’idiomatiser », c’est-à-dire de trouver en langue-cible un équivalent « sémantiquement adéquat ».
Mais, « scotomisation » peut aussi renvoyer à diverses pathologies : lésions de la rétine, du nerf optique, ou phénomène de conversion hystérique. Ces pathologies différentes peuvent avoir reçu des termes variables selon les langues-cultures. Pour bien choisir le terme adéquat, la référence à la plage présente de texte peut ne plus suffire. Il faut retrouver d’autres textes éclairant la réalité médicale effective ; en l’occurrence le traducteur peut devoir « en appeler à une personne-ressource ».
La panoplie de nos langages associés, échangés, partagés, nous permet d’évoquer le réel par la traduction. Mais ces langages ont été construits sur la base d’expériences poursuivies, renouvelant observations, découpages, organisations du réel. Avant qu’une plage de texte puisse donner son sens au mot, une plage d’expériences a produit un texte avec ce sens. Entre des textes résultant d’expériences différentes conduites en des temps et des lieux décalés, la traduction sera plus difficile encore et pourra devoir être suspendue. Ce qu’on ne peut pas dire, il faut le taire ; ce qu’on ne peut pas traduire aussi.
Nous avons pu parler, en ce sens d’une « intraduisible pensée des cultures » (Demorgon, 2009) surtout si elles sont en fort devenir. Du fait des nombreux bouleversements de leurs développements en cours, les acteurs humains sont encore en train de tenter de penser les cultures. Cette pensée, en cours de formation, ne peut être que diversement balbutiée dans les différentes langues-cultures.
Modalité effective et expressive de ce phénomène, l’interculturel est un mot dont le succès est tel qu’il lui tient lieu de définition. Les difficultés qui en résultent pour les compréhensions nationales et internationales défient les traductions mais, de ce fait, stimulent la recherche terminologique.
« Interculturel, traduction et terminologie » sont ainsi, au travers des langues, liés aux devenirs effectifs des sociétés et des cultures dans l’aventure humaine en cours.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia