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3/ Égalité, inégalité : la compétition coopérative

3/ Égalité, inégalité : la compétition coopérative
Comme les deux précédentes, une troisième observation souligne que l’exercice sportif compose des données distinctes voire opposées : action et représentation, individus et collectifs. Maintenant égalité, inégalité, sur lesquelles Paul Yonnet a clairement insisté.
Le spectacle de l’exercice sportif n’est, en effet, intéressant que s’il échappe à deux échecs. Le premier provient de compétiteurs trop inégaux : un seul personnage, ou un seul camp, gagne sans cesse. Connaissant d’avance le résultat, le spectateur s’ennuie. Second échec : il provient, au contraire, d’une telle égalité entre les compétiteurs que le match ne parvient plus à les distinguer. De nouveau, le spectateur s’ennuie ou s’énerve. Tout un ensemble de dispositifs vise à empêcher cela. La durée du match est encadrée dans un temps défini. Si aucune inégalité n’est obtenue, le match procède au moyen de dispositifs exigeants encore plus limités dans le temps et donnant une part importante au hasard. C’est bien le cas des fameux « tirs au but » dans le football. Profond paradoxe de l’exercice sportif spectaculaire ! Il a besoin d’acteurs qui soient d’abord les plus égaux pour que leur inégalité finale soit la plus difficile à obtenir. C’est le « suspense ». Le paradoxe se poursuit car aussitôt l’inégalité réalisée, il importe de la relativiser à travers un dispositif de relance de la compétition : c’est « la revanche » ou « la seconde manche ». Et s’il y a de nouveau égalité, les deux manches s’inversant, on fera « la belle ». Ce n’est donc pas l’égalité ou l’inégalité en elles-mêmes, qui sont intéressantes. Il y a pas de « fin de compte ». Une logique tierce, de l’indécidable (égaux ou inégaux ?) rééquilibre la logique identitaire du fort et du faible, du gagnant et du perdant, du vrai et du faux, propres au seul « moment ». Moment et durée, identité posée et reprise : nouvelles articulations d’opposés caractéristiques de l’exercice sportif. La logique de la qualification identitaire en vainqueurs et vaincus suscite mobilisation, incitation, excitation. Si cette qualification entraîne une hiérarchie figée, elle défait la complicité sociale indispensable à la poursuite du jeu. Nous ressentons cela, toutefois moins que les Gahuku-Gama qui avaient appris des missionnaires le football. Ce jeu était l’occasion d’une telle jubilation que les missionnaires s’inquiétèrent. Les Gahuku-Gama avaient changé la règle : le jeu ne s’arrêtait que lorsque les deux équipes se retrouvaient à égalité. Du coup, il durait.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia