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6/ Corps omnisports médium mondial

6/ Corps omnisports médium mondial
Si l’exercice sportif ne peut pas contrôler la violence mieux que les autres institutions, il est indispensable de comprendre l’intérêt exceptionnel de son redoublement ludique et spectaculaire de l’articulation des opposés. Il faut encore se demander ce qu’il a comme atout spécifique pour pouvoir jouer ce rôle symbolique.
L’avantage exceptionnel des sports est qu’ils utilisent cette donnée universelle du corps humain dont la figure s’est, depuis plusieurs décennies, substituée à celle de l’âme, du moins dans le monde occidental. Dans l’optique chrétienne, on avait pris, depuis longtemps, l’habitude de les opposer. L’âme a été la référence commune à des humains de langue et de culture différentes. Tous étaient des enfants de Dieu, appartenant à la même religion. Toutefois, cette âme n’était pas toujours si « spirituelle », si « déréalisée » que cela. Le corps la marquait encore, sinon comment comprendre qu’il ait pu y avoir un doute sur l’âme des femmes ou encore sur celle des noirs. Le corps humain comme tel, avec ses différences, est lui aussi un support insuffisant de l’universel. Il n’en va pas de même du corps en acte, en mouvement qui, lui, transcende ses apparences secondaires et constitue un support peu contestable de l’universalité de l’espèce humaine. Pendant la période hyper-raciste au cours de laquelle se tenaient les Jeux Olympiques de Berlin, en 1936, c’est le corps en mouvement du noir Jessie Owens, qui s’est vu attribué quatre médailles olympiques, même si le Président Roosevelt ne l’a pas, pour autant, reçu. Supériorité donc du corps humain en mouvement. Certes, il y a aussi la danse, le mime. Mais les sports sont généralement plus simples. L’activité corporelle s’y affronte à des actions précises dépendant d’une instrumentalisation claire des objectifs (nombre de buts, distance à telle vitesse) et des moyens (virtuosité personnelle, jeu collectif). Enfin, tout en restant simples, les sports sont devenus très nombreux. Ils concernent la quotidienneté la plus immédiate. C’est le cas du roller qui permet la circulation du corps humain entre les piétons, les vélos, les voitures, les obstacles physiques et institutionnels de l’espace urbain. A l’opposé, ils concernent les extrêmes distances planétaires, comme c’est le cas pour les différentes courses maritimes autour du monde. Entre ces deux extrêmes, les sports se déploient dans tous les espaces-temps physiques et sociaux. Ils ont conquis tous les bouleversements du sol terrestre et, aussi bien, les insistances que les caprices des vents, des vagues, des neiges et des déserts. Comment ce corps omnisports pourrait-il ne pas être représentatif d’une volonté humaine d’adaptation toujours reprise dans la complexité de la relation des hommes entre eux et avec la nature ? Gebauer et Wulf précisent : « Le sport produit une représentation d’un savoir non conceptuel par le médium d’actions corporelles… Le corps « parle » dans la pratique sportive mais pas sous forme d’une langue articulée ou bien conceptuelle, mais dans des mouvements gestuels…Les actions montrées sont des actions réelles que des hommes qui se meuvent, effectuent vraiment. » Dans les pratiques sociales « au premier degré » : « on court, on lutte, on roule en voiture. » Au-delà même des simples mouvements, dans le sport comme dans la vie quotidienne : « des techniques, des stratégies, des coopérations communes…s’affirment face à d’autres groupes… des décisions sont prises spontanément, lors de confrontations avec les autres. »

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia