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2/ Renaissance de Jeux olympiques mondiaux et violences nationalistes du XXe siècle

2/ Renaissance de Jeux olympiques mondiaux et violences nationalistes du XXe siècle
La renaissance des Jeux Olympiques aura pris du temps. L’empire romain d’Orient les avait supprimés comme malsains aux yeux d’un empereur conseillé par un évêque chrétien. L’empire ottoman qui s’installe ensuite n’est pas davantage intéressé. Les Jeux sportifs institués apparaissent définitivement perdus.
Pourtant, la France de la Révolution témoigne vite du contraire. Christina Koulouri le précise : une proposition de tenue d’Olympiades françaises est faite dès 1792. Elle ajoute que « Dans l’espace grec, l’idée de renaissance de Jeux Olympiques est formulée, pour la première fois, en 1797, dans les Îles Ioniennes, par de fervents défenseurs de la Révolution française. » (7). Une série d’épreuves athlétiques aura même lieu à Paris au Champ de Mars en 1799.
Au milieu du dix-neuvième siècle, avec la renaissance d’une Grèce indépendante, les Grecs se reprennent à rêver de Jeux Olympiques. Un riche commerçant, Evangelios Zappas, veut absolument les restaurer. D’autant que, depuis 1829, « le français Abel Blouet a découvert à Olympie, sous une épaisse couche de sable, l’emplacement exact du temple de Zeus. » (8). Evangelios Zappas obtient l’accord du roi pour instaurer un concours olympique qu’il finance lui-même et qui a bien lieu à Athènes, le 1er octobre 1850. Prévu pour se répéter tous les quatre ans, il n’eut lieu que trois fois. Dans son testament, Zappas laisse une large part de sa fortune à une commission des Jeux Olympiques. Dans ce contexte, « Le stade antique d’Olympie, mis au jour, fin 1869, par l’archéologue allemand Ziller, allait accueillir, en 1870 et 1875, la seconde série d’Olympiades de Zappas » (9). Elle n’eut qu’un succès limité : «La commission des Jeux Olympiques reconnut son échec». C’est dans l’évolution de ce courant qu’intervient Pierre de Coubertin. Profondément admiratif de la renaissance des sports en Grande Bretagne, il pense pourtant que les valeurs du sport ne peuvent demeurer nationales. Il propose d’emblée « l’idée de Jeux à l’échelle du monde...ouverts à tous, à tous les pays...à toutes les religions ». En 1894, un Congrès historique pour le rétablissement des Jeux Olympiques s’ouvre à la Sorbonne. « L’hymne d’Apollon que l’on vient de retrouver en 1893, à Delphes, est traduit, mis en musique par Gabriel Fauré, chanté par Jeanne Remacle et les choeurs de l’Opéra... l ‘émotion est immense et l’enthousiasme est total » (10).
La décision de rétablissement est prise à l’unanimité et les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne auront bien lieu à Athènes, le 25 mars 1896, coïncidant avec la fête nationale grecque et la Pâques orthodoxe. Lors de l’ouverture, « on joua l’hymne olympique de Samaras et Palamas qui ne deviendra officiellement l’hymne des Jeux qu’en 1960. » Cette première Olympiade eut un grand succès avec la participation de 50 000 spectateurs. Ce succès pousse alors la Grèce, par la bouche même du roi Georges 1er, à souhaiter que le pays devienne « le rendez-vous pacifique des nations, le siège stable et permanent des Jeux Olympiques ».
Cette perspective grecque ne fut pas retenue. Les Jeux Olympiques de 1900 et de 1904 eurent lieu, respectivement, en France à Paris, et aux États-Unis à Saint-Louis. Par contre, il y eut, en 1906, une Olympiade intermédiaire qui revint de nouveau à Athènes et eut encore un immense succès. Christina Koulouri souligne le continuel mélange d’alors entre national et mondial : « La compétition entre les nations utilise une langue internationale commune, celle de la mesure quantitative des performances… Avec les Jeux Olympiques, le prestige d’un pays devient mesurable. » (11)
On peut mieux voir, aujourd’hui, que le surgissement de Jeux Olympiques modernes mondiaux constituait alors, un incroyable défi éthique au seuil de deux Guerres mondiales aux violences extrêmes.
Des sociétés incompatibles s’opposaient. D’un côté, royaumes et empires – entretenant une gymnastique à visée militaire – sont fondés sur l’association privilégiée des acteurs du religieux et du politique. D’un autre côté, les nations-marchandes– qui ont réinventé le sport institué – sont fondées sur l’association privilégiée des acteurs de l’économie et de l’information.
L’exemple de Pierre de Coubertin représente ainsi, à l’évidence, l’exceptionnel d’un engagement individuel anticipateur dans l’exceptionnel moment collectif de transition qui va s’avérer si tragique.
Ces moments sont rarement compris alors qu’ils sont vécus. Pourtant, dans son intuition prémonitoire, Pierre de Coubertin cherchait et trouvait déjà, du côté du mondial, une voie pour échapper à la folie des nations et aux violences extrêmes des deux Grandes Guerres mondiales. Au moment où se produisent ces échecs tragiques de la première moitié du XXe siècle, la flamme olympique n’est plus qu’une lueur vacillante.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia