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3/ Religion, politique, économie, information : rien d’humain n’est étranger au sport

3/ Religion, politique, économie, information : rien d’humain n’est étranger au sport
Nous avons mis en évidence une conjonction triplement géohistorique entre sports et inventions culturelles exceptionnelles. Certes, à chaque fois, ce fut au cours de transitions longues et difficiles : du tribal au royal, puis au national, enfin au mondial.
Mais, ces trois conjonctions culturelles ne se sont produites qu’à certains moments, dans certains lieux, et pour une période limitée. Elles se présentent donc dans l’histoire comme trois exceptions culturelles en même temps sportives, informationnelles et politiques qu’il s’agisse de l’antiquité grecque, de la modernité britannique ou de la post-modernité occidentale.
Il ne s’agit, en aucun cas, de reconduire quelque historicisme ou quelque évolutionnisme prédéterminés. Au long de l’histoire, les humains investissent leurs activités en les différenciant dans de grandes orientations : religieuses, politiques, économiques, informationnelles. Les sports ont, inévitablement, avec elles quatre des relations nombreuses et intenses, qu’elles soient positives ou négatives.
L’exercice sportif naît, renaît, se déploie dans un contexte de crise de ces activités humaines. Un nouvel équilibre tente de s’inventer dans une réorganisation d’ensemble. Les sports peuvent en faire partie et jouer divers rôles : de banc d’essai, de médiateur, de catalyseur. Ils sont aussi des enjeux que tentent de s’approprier les acteurs à travers leurs investissements religieux, politiques, économiques, informationnels. Michel Bouet le soulignait déjà clairement : « Le sport intègre des comportements, des rites, des représentations, des normes, des valeurs qui sont d’ordre économique, éthique, esthétique, pédagogique, politique : il a une histoire et il est dans l’histoire » (12). Au cours de ces interférences, ils peuvent se pervertir, résister, se montrer inventifs.

1/ Si les sports ont été hier écartés voire condamnés par les autorités religieuses au sommet de leur puissance, cela ne les empêche pas de jouer aujourd’hui un rôle quasi-religieux. D’où ces expressions consacrés de « messe footballistique », de grande messe du sport »
Jean-Marie Brohm reconnaît cette dimension religieuse: « L’omniprésence du sport dans la vie sociale contemporaine (médias, publicité, sponsoring, spectacles télévisés, styles de vie, langage politique, rivalités nationales) engendre et exprime à la fois un consensus idéologique massif que je comprends comme l’effet de cette religion positive des temps modernes qu’est devenu le spectacle sportif » (14). Il ajoute que ces Dieux du stade, eux aussi, ont soif...de sang.
De même, en nous parlant du rugby, Michel Serres écrit : « Ecoutez donc la marée humaine hurler. Voici l’écho ou la reprise du plus enfoui des archaïsmes. Cette cérémonie est religieuse, j’entends par religion, des choses oubliées depuis toujours des choses barbares, sauvages... » (13).
C’est également vrai pour Paul Yonnet : « Dans le phénomène du sportif, phénomène du profane, hors du temple, réapparaissent du religieux, des sacralités ». Il évoque « les liturgies identificatoires des sports spectacles », les rites de rassemblement.
Mais les sports ne mettent pas en scène seulement ce religieux dévoyé, ils exaltent aussi un religieux de profonde sublimation jusqu’au sacrifice même. D’où l’évocation des « voies sacrées du vertige himalayen où les volontaires de l’extrême de masse parcourent le vaste cimetière sans croix des alpinistes morts en haute altitude, échappant à la putréfaction des corps » (15).
2/ Les relations entre sport et politique se manifestent, par exemple, dès la renaissance des Jeux Olympiques. Ainsi, au début du XXe siècle, le mouvement ouvrier souhaite disposer d’une organisation spécifique. D’où la création « de La Fédération sportive athlétique socialiste, en 1908, de L’internationale sportive de Lucerne en 1912, et de l’Internationale rouge suscitée par l’URSS ».
Jean-Pierre Augustin et Pascal Gillon ont tout lieu de généraliser : « L’universalisme olympique, loin de faire l’unanimité, reste inscrit dans un champ de rivalités politiques qui s’accentuent dans l’entre-deux guerres » (16). Nous allons y revenir en traitant du rôle médiateur des sports dans les relations politiques Chine Occident.
3/ Les questions de concurrence et de performance ont depuis longtemps rapproché les sports et l’économie. Aujourd’hui, étroitement associés, ils dynamisent les concurrences et optimisent les performances.
Leur lien est clairement formulé au plus haut niveau du CIO avec cet aveu de Jacques Rogge : « Sans le soutien de la communauté des affaires, sa technologie, son expertise, ses employés, ses services, ses produits, ses télécommunications et son financement, les Jeux Olympiques ne pourraient pas exister » (17).
4/ Sports, information, communication, leur conjointe expansion planétaire est impressionnante et crève l’écran. Les sports constituent un retentissant « tam-tam » médiatique confrontant les identités nationales et les multiples mondialisations en cours. Ils occupent le terrain informationnel quotidien en accentuant le local, le ponctuel, l’instantané des événements. Ils contribuent à ancrer une culture de la continuelle disparition et renaissance de l’actuel. Autre perspective : la course poursuite informationnelle à l’oeuvre entre les technosciences du dopage et celles de son dépistage.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia