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4/ Occident, Chine et Jeux olympiques : une longue histoire

4/ Occident, Chine et Jeux olympiques : une longue histoire
Si l’invention de Pierre de Coubertin n’a pas pu empêcher, au XXe siècle, la première transition entre nations et mondialisation d’être tragique, les Jeux Olympiques vont cependant constituer un lieu singulièrement original de négociation internationale pendant toute la guerre froide, singulièrement entre l’Occident et la Chine.
1/ Première intégration de la Chine au sein du Comité International Olympique : 1922. Première participation aux Jeux Olympiques : à Los Angeles, en 1932.
Après le triomphe de la Révolution maoïste de 1949, les représentants chinois auprès du CIO se divisent. Ce fut le début d’une longue période au cours de laquelle il y eut deux Chines. Taiwan, ayant crû pouvoir boycotter les Jeux d’Helsinki en 1952, Pékin imagina pouvoir s’imposer aux Jeux de 1956. Le Comité International Olympique refusa. La Chine populaire choisit, à son tour, le boycott. Plus grave, en 1958, avec la crise du Détroit, la Chine se retire du mouvement olympique. Pékin organise ses propres Jeux, les Ganefo, en 1964, puis en 1965 où 39 nations sont présentes. Mais, dès 1967, c’est l’échec.
2/ La division alors consommée entre U.R.S.S. et Chine soutenue par les Albanais et les Roumains, incite les Occidentaux à se rapprocher de Pékin dans un classique jeu de balance diplomatique. Le Canada, le 13 octobre 1970, reconnaît la République Populaire de Chine. En avril 1971, ce sera la diplomatie du ping-pong partagé, précédant la visite de Kissinger à Pékin. Bernasconi poursuit ce rappel historique mémorable : « En octobre, le veto américain levé, la Chine populaire entre à l’ONU à la place de Taiwan et le Japon renoue ses relations diplomatiques avec elle. » (18) Réintégrer le CIO, fut plus complexe encore pour la Chine. Aux Jeux de Montréal de 1976, il n’y aura ni Taiwan, ni Pékin.
3/ Le 1er janvier 1979, un message de Deng Xiaoping reconnaît le statu quo entre la Chine et Formose. La réintégration de la Chine dans le Comité International Olympique aura lieu en octobre 1979. Il y a un Comité Olympique chinois et un Comité Taipei de Chine. Toutefois, la crise ne fut vraiment résolue qu’avec la participation des deux États chinois aux Jeux de Los Angeles de 1984. Bernasconi le souligne: « Le mouvement olympique avait réalisé un challenge historique et inédit : assurer la cohabitation pacifique des deux Chines au sein d’une même institution internationale… ce fut précurseur puisqu’il fallut attendre 1990 pour que Formose reconnaisse officiellement l’existence de la République Populaire de Chine. » Pendant ce temps, « le contact entre la Chine et le Président du CIO, Samaranch, demeura très positif. Le CIO fit même l’acquisition d’une œuvre chinoise explicitement intitulée : « marcher vers le monde. » (19).
4/ La Chine pensa, dès lors, pouvoir accueillir les Jeux Olympiques sur son territoire. La Chine ayant déjà obtenu l’organisation des Jeux asiatiques de 1990, posa sa candidature pour 2000, avec pour slogan : « la puissance du peuple, la puissance sportive, la puissance industrielle. » (20). En 2000, l’Australie et la ville de Sydney furent choisies mais avec la promesse d’attribuer à la Chine les Jeux Olympiques de 2008. Pour témoigner de son sérieux, la délégation chinoise à Sydney exclut même vingt-sept de ses athlètes pour dopage. Dans un domaine plus général, la Chine prit en compte les normes internationales dans les industries navale, textile, chimique et métallurgique.
5/ Dans les attendus de leur candidature pour 2008, les Chinois insistèrent « sur le fait que les Jeux étaient un facteur d’ouverture des régimes « forts » : cinq ans après les Jeux de Moscou, il y eut la Perestroïka. Avec les Jeux de 1988 à Séoul, la Corée du sud se démocratisa. Pékin obtint même le soutien officiel de Taiwan qui nourrissint ainsi l’espoir que l’événement garantirait à l’île une sécurité accrue…Enfin, ces Jeux sont posés comme pouvant se répercuter sur la situation des Droits de l’Homme en Chine. L’organisation Human Rights Watch, auparavant hostile à la candidature de Pékin, considère désormais que l’option chinoise fait peser sur le CIO et les sponsors la charge de transformer les Jeux en force de progrès. » (21).
6/ Cette suite d’événements montre clairement que le CIO est désormais devenu un « véritable acteur de la scène internationale dont les actions sont directement perceptibles dans le monde interétatique. Il bénéficie pour ce faire d’un constat à double tranchant : le sport n’est pas une matière considérée comme « sérieuse ». Faiblesse pour se faire entendre, certes, mais quand l’institution du CIO a les moyens de se faire respecter, elle peut alors prendre des décisions novatrices et difficilement concevables dans d’autres secteurs officiels. » (22).

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia