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6/ Le sport, un match permanent entre opposés mis en jeu et en spectacle

6/ Le sport, un match permanent entre opposés mis en jeu et en spectacle
Certes, l’exercice sportif ne peut pas contrôler, à lui seul, toute la violence du monde. Il peut même se laisser gagner par elle. Il est d’autant plus nécessaire de comprendre son intérêt unique, exceptionnel La vie sociale et politique s’établit, se maintient, se développe si elle est en mesure d’articuler les oppositions d’intérêt, de prestige, de pouvoir qui se manifestent entre personnes, groupes, organisations et pays.
Cette vérité fondamentale est tout aussi bien constitutive de l’institution sportive. De nombreux observateurs ont noté cette articulation des contraires, sans cesse à l’oeuvre dans les sports. Hier, pour Michel Bouet, le sport se caractérisait comme un « contre avec ». Pour Michel Bernard : « Expérience individuelle et institution, loisir de masse et spécialité de haute compétition, pratique éducative et spectacle aliénant, jeu et travail, expression spontanée et technique élaborée... autant de dualités qui jointes à la diversité de ses schèmes techniques et de ses formes culturelles...rendent le sport presque impossible à cerner » (24).
Tout récemment, c’est encore Louis Porcher qui voit le sport ainsi : « à l’intersection du local et de l’international, du pays et de la planète, de la très haute compétition surmédiatisée et de la pratique anonyme, de l’individuel et du partagé, de l’identité singulière et des appartenances... » (25).
Le sport propose une métaphore ludique et spectaculaire, sans cesse reconduite, de ces oppositions. Ainsi : actions pour les uns, représentations pour les autres ou en même temps individus qui se singularisent et collectifs qui se fondent, sont en constante interférence. Dans nombre de jeux, les capacités et les mérites de l’individu sont liés à sa bonne intégration collective. Davantage, l’individu ou l’équipe sont représentatifs d’un collectif social plus vaste qui les supporte et se supporte aussi grâce à eux.
Au-delà de ces représentations locales, disciplinaires, régionales, nationales, la question se pose aujourd’hui du sens de ces nouveaux agrégats mondiaux de spectateurs des compétitions olympiques ou autres. Ces agrégats, non voulus comme tels, sont cependant, réellement constitués par le partage d’une retransmission télévisuelle, continentale, mondiale. Nous en avons donné, ci-dessus, les chiffres dans le cas du « Mondial de football », bien nommé. Dans ces oppositions que travaille constamment l’exercice sportif ludique, spectaculaire, festif, choisissons l’une des plus fréquentes et des plus paradoxales : la tension sans cesse reconduite entre égalité et inégalité. En effet les sports ont souvent besoin d’acteurs qui soient d’abord les plus égaux pour que leur inégalité finale soit la plus difficile à obtenir. Ainsi, les aristocrates anglais, champions de la chasse au renard, avaient interdit aux paysans de tuer ces animaux pour ne pas éliminer les plus rusés des renards, seuls dignes d’être affrontés par les chiens et les hommes. C’est la mise, si possible au même niveau qui va créer le long « suspense » avant l’issue. Le paradoxe se poursuit car sitôt l’inégalité réalisée par la victoire d’une personne ou d’un camp, il importe de la remettre en jeu, à travers un dispositif de relance de la compétition : c’est « la revanche » ou « la seconde manche ». Et, s’il y a de nouveau égalité, les deux manches s’inversant, on fera « la belle ». Ce n’est donc pas l’égalité ou l’inégalité en elles-mêmes, qui sont intéressantes, car il n’y a jamais de « fin de compte » absolue et définitive. Une logique tierce de l’indécidable (égaux ou inégaux ?) rééquilibre la logique identitaire du fort et du faible, du gagnant et du perdant, du vrai et du faux, qui n’est valable que dans l’instant. La logique de la qualification identitaire en vainqueurs et vaincus suscite mobilisation, incitation, excitation. Moment et durée, identité posée et reprise : nouvelles articulations d’opposés caractéristiques de l’exercice sportif.
Les sports mettent ainsi en scène d’une façon analogique, réelle et symbolique, les dynamiques concurrentielles et conflictuelles générales des acteurs humains.
Ces dynamiques concernent les grands domaines d’activités : religion, politique, économie, information. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aucun de ces domaines n’est aujourd’hui achevé avec un sens n’appartenant qu’à lui et définitif. Ils restent tous en déconstruction et reconstruction.
Et le sport, avec son extraordinaire plasticité, réelle et symbolique l’est aussi et interfère en association / dissociation avec ces grands domaines. Chez les Grecs, il y avait association des rituels religieux et sportifs. A l’époque des nations modernes, il y a eu association des sports avec le politique.
Dans notre post-modernité mondialiste, on a l’association des sports avec l’économie informationnelle mondiale. Ajoutons y la variante de l’association entre exercices sportifs et technosciences biologiques concernant les modalités concurrentielles renouvelées des dopages et de leurs dépistages.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia