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7/ Le « corps omnisports », médium mondial

7/ Le « corps omnisports », médium mondial
L’avantage exceptionnel des sports est qu’ils utilisent cette donnée universelle du « corps humain en acte, en mouvement », corps qui, ainsi, transcende ses apparences secondaires et constitue un support peu contestable de l’universalité de l’espèce humaine.
Pendant la période historique hyper-raciste, au cours de laquelle se tenaient les Jeux Olympiques de Berlin, en 1936, c’est le corps en mouvement du noir Jessie Owens, qui s’est vu attribué quatre médailles olympiques, ce à quoi Hitler n’a pu s’opposer...et même si le Président Roosevelt ne l’a pas, pour autant, reçu.
Supériorité donc du corps humain en mouvement. Certes, il y a aussi la danse, le mime. Mais les sports sont caractérisés par une bien plus grande simplicité. L’activité corporelle s’y affronte à des actions précises dépendant d’une instrumentalisation claire - des objectifs : nombre de buts, distance à telle vitesse - et des moyens : virtuosité personnelle, jeu collectif.
Enfin, tout en restant assez simple, l’exercice sportif s’est démultiplié dans maint domaine et sous mainte forme. Il peut concerner la quotidienneté la plus immédiate, comme dans le cas du roller qui permet la circulation du corps humain entre les piétons, les vélos, les voitures, les obstacles physiques et institutionnels de l’espace urbain.
A l’opposé, l’exercice sportif concerne les plus grandes distances planétaires comme dans les différentes courses maritimes autour du monde.
Entre ces deux extrêmes, les sports se déploient dans tous les espaces-temps physiques et sociaux. Ils ont conquis tous les bouleversements du sol terrestre avec les tout-terrains et, aussi bien, les insistances que les caprices des vents, des vagues, des neiges dans les montagnes et dans les déserts.
Comment ce corps omnisports pourrait-il ne pas être représentatif d’une volonté humaine d’adaptation des hommes entre eux, et avec la nature ?

Gebauer et Wulf précisent : « Le sport produit une représentation d’un savoir non conceptuel grâce au médium des actions corporelles… Le corps « parle » dans la pratique sportive mais pas sous forme d’une langue articulée ou bien conceptuelle, mais dans des mouvements gestuels…Les actions montrées sont des actions réelles que des hommes, se meuvant, effectuent vraiment ».
Au travers de ces mouvements, dans le sport comme dans la vie quotidienne : « des techniques, des stratégies, des coopérations communes…s’affirment face à d’autres groupes… des décisions sont prises spontanément, lors de confrontations avec les autres. » (26).
La proximité entre le réel de la vie sportive et le réel de la vie quotidienne est très grande et relève d’une mimesis profonde. Celle-ci a de quoi fonder à terme une véritable culture éthique antidiscriminatoire.

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Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia