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« MERKOZY »
L’Europe entre crases et articulations
In Révolution Prolétarienne n°775

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0./ Introduction

0./ Introduction.
A l’occasion des informations sur la crise de la dette en Europe, on a exhibé dans les médias ce bizarre vocable « Merkozy » et même l’expression « la Merkozy ». Vous avez reconnu les noms - mutilés et réunis - des représentants politiques des deux grands pays européens, l’Allemagne et la France : Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Les deux chefs d’Etat se rencontrent à plusieurs reprises dans la même semaine, se donnent l’accolade et se font des bises.
Ils sont responsables d’une Europe que l’on peut enfin, grâce à eux, baptisée « la Merkozy ». Vocable de forme sonore voisine à tant d’autres nominations de pays : Roumanie, Moldavie, Bulgarie. A quoi s’ajoute, en français, avec l’accord entre le nom propre et le rôle dominant protecteur de « la Merkel », une consonance de couple parental national bien connu : la Mère-Patrie.


1./ La crase, processus réel et procédé sémiotique

1./ La crase, processus réel et procédé sémiotique.
On le voit, le processus, ainsi mis en œuvre par les journalistes, a l’avantage de conjoindre, en un seul mot, un ensemble de données qui demanderait toute une phrase et que d’ailleurs l’on préfère laisser sous-entendu. Or ce procédé journalistique, qui a pu étonner, n’est pas nouveau. Il a même des millénaires d’existence. Il a bien servi et servira encore. Apprenons à en reconnaître l’usage étendu et fréquent ; et à en comprendre l’esprit. Et, d’abord, nommons le, c’est « la crase ». .
Comment opère-t-il ? Il modifie, il mutile deux noms propres (ou communs) pour n’en faire qu’un. Là où il y a séparation, il nous figure la réunion. La « figure de style » figure le réel : supposé, désiré, nécessaire. Le mythe fleurit toujours à la rencontre des mots et des choses quand celles-ci laissent à désirer, comme celui du sauveur, du messie. A coup sûr, l’Europe laisse à désirer, entre son projet d’unité et la diversité culturelle – religieuse, politique, économique, informationnelle – de ses nations. Elle se cherche entre Fédération, Confédération, Europe des Patries. La crase, comme figue de style, se distingue du jeu de mots qui substitue un mot à un autre. Ainsi quand un journaliste, critique d’art parle de l’artiste japonais Murakami évoquant le célèbre peintre des monochromes, il en fait un « Klein d’oeil de Murakami ». .
On distingue aussi la crase du collage qui réunit bien des données différentes mais souvent sans les mutiler pour les associer. Il faudrait encore préciser des références à l’hybridation, au métissage, à la créolisation. Ces deux derniers processus sont voisins de la crase. Le métissage produit un nouvel être avec à sa source deux entités biologiques, une part seulement des caractéristiques de chacune étant retenue. .
Le créole désigne au début le colonisateur de la deuxième génération. Il réunit en lui certaines des caractéristiques de son ascendance et certaines autres empruntées au nouveau milieu d’existence dans lequel il est né et s’est développé.


2./ Diversité et ancienneté des crases réelles et imaginaires

2./ Diversité et ancienneté des crases réelles et imaginaires.
Puisque la Grèce est à l’ordre du jour rappelons que nous lui devons ce processus, au plan linguistique : la crase, crasis. Dans l’exemple grec classique, « ta alla » devient « talla ». On supprime le choc des deux « a », l’hiatus. On élimine l’un des « a » et on réunit les deux entités séparées en une seule. Dans Merkozy, la chancelière perd ses deux lettres finales, le président ses trois initiales, et « magie !» le « k » de chacun fusionne et n’en fait plus qu’un. Toujours la modification (mutilation) et la réunion. Le procédé est fort courant mais souvent on l’oublie, on ne voit plus que son résultat. Ainsi, quand, grâce à la crase, au lieu de dire « à le, de le, de les », on dit « au, du, des ». .
Or le processus n’est pas seulement linguistique, il est aussi repéré par la science .biologique avec la « crase sanguine ». Normalement le sang circule et reste constamment fluide. Dans le cas spécifique d’une blessure, un remaniement des éléments en jeu se produit à l’endroit même de la coupure. Ils perdent leur fluidité et s’agglomèrent. Le sang externe s’épaissit, se durcit, obstruant l’orifice. Le sang interne fluide reste ainsi contenu à l’intérieur du corps. Dans ce domaine biologique nous avons évoqué déjà les métissages entre sous-espèces fécondables entre elles et produit un troisième être aux caractéristiques mixtes comme mules et mulets ou encore tigrons ! .
Hors du biologique, on pourrait évoquer l’exemple des roches métamorphiques. Et, dans le domaine technique, parler des alliages. .
Le procédé sémiotique de modification imaginaire des données (mutilation) et réunion est en fait quasi immémorial. On le trouve à l’œuvre à l’origine des mythes et du religieux. Trois sortes de crases « imaginaires » s’imposent. L’une invente des êtres à corps d’humain et à tête d’animal. L’autre, des êtres à corps d’animal et à tête humaine comme les fameux centaures. La troisième élève ces êtres issus de l’une ou l’autre des crases au rang de dieu comme dans le cas d’Horus en Egypte. Tout cela s’est sans doute constitué sur les bases des totémismes et des animismes antérieurs. .
Il semble bien qu’une place doive être faite à la crase dans le domaine technique. Singulièrement dans le domaine de la domestication de la vapeur. On sait que sur sa base un jeu « l’éolipile » existait déjà, en Egypte, au tout début de l’ère chrétienne. Un millénaire et demi après, sa domestication inventive dans les machines extractives de l’industrie, les machines de l’agriculture intensive, dans les transports - bateau à vapeur, locomotive – a contribué à leur donner un caractère de composition quasi monstrueuse, mythique. .
La crase s’étend plus ou moins aux domaines de la vie quotidienne, techniques et vestimentaires, avec les « deux en un », les « trois en un », etc. Mais ici, comme d’ailleurs en mainte autre occasion, la crase est en concurrence avec « l’articulation », susceptible de traiter la réalité en tenant mieux compte de sa complexité. Nous y reviendrons in fine, à partir du rôle des crases dans l’histoire humaine.


3./ Crise ambiguë et crases oxymores

3./ Crise ambiguë et crases oxymores.
Revenons d’abord à notre actualité où « Merkozy » fleurit sur le terrain de la recherche par l’Europe de politiques économiques susceptibles de résoudre la quadrature du cercle de la Crise ou elle se sent enfermée. Rien d’étonnant à ce que l’idée d’une conjonction des opposés puisse séduire à l’exemple de l’androgyne franco-allemand Merkozy. Bien des tentatives ont précédé. .
Ainsi, les politiques de l’emploi aux Pays-Bas (1995) souhaitaient harmoniser les perspectives des salariés et celle des entreprises, c'est-à-dire conjoindre Flexibiliteit en Zekerheid. Elles furent reprises au Danemark en 1999. Pour mieux se persuader que c’était possible une crase produisit l’archiconcept souhaité. Celui-ci, en français, hésite entre flexisécurité (Barroux, 2008) et flexicurité (Blache, 2008). .
Avec l’aggravation de la crise, Christine Lagarde, à Aix en Provence, le 3 juillet 2010, entend décrire positivement la politique économique française comme capable de conjuguer la rigueur et la relance ; elle risque la « rilance », terme qui n’a pas eu, avec elle, les honneurs du FMI ni d’ailleurs ceux de l’économie réelle. .
Il y a déjà quelque temps, Joël de Rosnay dans son ouvrage surfer la vie (2012) a repris l'idée que coopération et compétition devraient peut-être faire bon ménage. Il avait alors proposé la « coopétition ». Ce désir de conjoindre les contraires et de les faire travailler ensemble est également présent dans un autre néologisme crastique qui a relativement pris aujourd’hui : le « glocal », signifiant qu’il n’est plus possible de séparer le global et le local dans la mondialité. .
Cette mondialité nous a largement familiarisés avec la complexité des phénomènes enchevêtrés. Edgar Morin (1990) a développé le concept et précisé « la complexité c’est la complexité et la simplicité ». A. Berthoz (2009), a pris acte de cette conjonction de la simplicité et de la complexité et fonder l’archiconcept de la « simplexité ». .
La philosophie post-moderne a proposé, sur ce mode, d’autres archiconcepts. Derrida avec la « DifférAnce ». Deleuze avec la « disjonction inclusive » ou la « conjonction disjonctive ». Lyotard passe de la simple différence – négociable - à l’irréductible différent.


4./ La multiplication des crases sémantiques : courriel, médias, littérature

4./ La multiplication des crases sémantiques : courriel, médias et littérature.
Le processus apparaît facile. Il a presque quelque chose de magique. De nos jours, ses domaines de prédilection sont dans le courriel et la publicité. Les mots sont réduits pour être accolés afin de signifier une entité affichée comme telle. Ainsi on écrira « jtm » pour dire « je t’aime », symbolisant effectuation rapide d’évidente union. On a pu voir dans le métro une affiche avec une adresse électronique comportant le vocable « profadom », pour « professeur à domicile ». « Courriel » même est la crase de courrier électronique. .
La publicité qui aspire à produire l’acte d’achat (crase d’un client et d’un objet fétiche !) est évidemment friande de crases sémantiques. La Mairie de Paris lance le vélo libre, le « vélib ». Pour l’opérateur de téléphonie « SFR », ses forfaits illimités sont des « illimythics». Pour le pâtissier Lenôtre, ses gâteaux sont des « inimytables ». Dans les deux cas, c’est la vie quotidienne qui devient mythique ! Au moment des jeux Olympiques, l’hypermarché Leclerc vantait ses « Olymprix ». .
Les médias non publicitaires ne sont pas en reste. Tout le monde aujourd’hui connait Bollywood. Le journalisme humoristique manie largement la crase. Des adolescents nouveaux et récents deviennent des « adonescents ». Plus âgés presque adultes, les voici « adulescents ». Des femmes, célibataires dynamiques, deviennent des « célibattantes ». Quand l’humour redouble, la chanteuse islandaise Björk qui chante Biophilia (2011) devient la « Castafjord » (crase et jeu de mot). .
En littérature, un spectacle théâtral célèbre qui traverse les décennies est nommé par son auteur, Roland Dubillard : « Diablogues » (1975) et « Nouveaux diablogues (1987). Il met ainsi deux mots en un : « dialogue, diable » et anticipe indirectement l’avenir avec « blog ».


5/ La constante présence des crases dans l’histoire

Si l’on a bien vu le processus réel et le procédé mental qui fondent les crases - modifications d’entités préalables, réellement ou potentiellement, créatrices d’une troisième entité mixte – on pourra faire au moins trois avancées dans la compréhension des crases. D’abord on ne s’étonnera pas de leur constante présence dans l’histoire humaine. .
La raison en est simple et claire. Les évolutions des sociétés humaines commandent de tenir compte et de ce qui vient du passé et de ce qui .
arrive du futur. Double prise en compte, toujours d’une grande difficulté. .
En effet, les générations en fonction des âges, des habitudes, des identités constituées ou en genèse prennent des positions opposées souvent trop radicales. C’est alors qu’interviennent les crases en tentant de créer une entité mixte susceptible de réduire l’hiatus des générations et celui des faits et des évolutions. La tâche n’est pas facile et souvent impossible. .
Les deux autres avancées vont porter sur une divergence dans la compréhension du devenir des crases selon leurs orientations créatrices qui recourent aux articulations et leurs orientations régressives qui peuvent engendrer les pires destructions.


6./ Crases et articulations

6./ Crases et articulations.
Seconde avancée : Il n’y a pas que des crases mais nombre d’autres processus. Les crases, pour un devenir favorable et fécond, semblent dépendre de leur relais par des articulations. Une lecture attentive de l’histoire nous permet de distinguer entre des tentatives crastiques aux conséquences opposées : réussies – civilisatrices – ou conduisant au contraire à des échecs graves voire tragiques. .
Les crases – et les articulations - travaillent sur trois grandes sortes d’oppositions à la fois d’ordre historique et d’ordre anthropologique. Les acteurs qui les mettent en œuvre peuvent chercher à conjoindre d’abord des orientations d’action pas toujours aisément conciliables comme ouverture et fermeture, unité et diversité, autorité et liberté, égalité et inégalité. A conjoindre ensuite des orientations d’activités plus ou moins concurrentes : religieuses, politiques, économiques, informationnelles. Ou encore de grandes formes de société : tribales, royales, nationales et mondiales. .
Dans ces trois cas de figure, il faut toutefois reconnaître que les grandes réussites civilisatrices ont généralement associé crases et articulations. Les articulations assurent et développent les crases de façon technique et juridique. Quoi qu’il en soit d’examens plus approfondis qui restent à faire, quelques moments historiques fondamentaux s’imposent. .
L’apparition des grandes religions a beaucoup à voir avec le passage des tribus aux royaumes. Ensuite, leur développement entre en consonance avec la consolidation des royaumes et des empires. En Egypte, avec l’invention du monothéisme et la conjonction entre unité politique et unité religieuse, même si polythéisme et régionalisme refont surface. En Inde, avec la conversion d’Açoka au bouddhisme. En Israël, avec le recours de Josias à l’exemple fondateur de Moïse. Dans l’empire romain d’Orient, avec la conversion de Constantin au christianisme. En Occident, avec les conversions de Clovis ou de Wladimir (Moure, 1978). .
La crase entre le politique et le religieux cherche à faire d’un seul coup le chemin. Elle y parvient ou non. Généralement, pas facilement sans articulations inventives qui la déploient et la développent. .
On le comprend avec les émergences de la démocratie en Grèce. La crase articulatoire opère là aussi entre tribus d’hier et royaume alors en constitution. Il y faudra des sutures inventives combinées faisant émerger la tragédie, le sport (entre excès et soumission, entre guerre et paix), la philosophie, la statuaire, en relation au religieux unificateur à laquelle doit se plier l’héroïsme tribal, utile en cas de guerre mais perturbateur en temps de paix. .
En Grande-Bretagne, l’émergence démocratique parlementaire doit opérer la suture du religieux, du politique et de l’économie après les violences extrêmes de la guerre civile résultant de l’opposition entre les Absolutistes et les Puritains. .
Crases et articulations sont singulièrement présentes dans l’histoire révolutionnaire et post révolutionnaire de la France. Les deux Empires travaillent, le premier davantage sur crase et articulation du religieux et du politique. Le second sur crase et articulation du politique et de l’économie. L’histoire post révolutionnaire aux Etats-Unis butte sur le privilège accordé à la crase invoquée du « melting-pot » blanc (Lacorne, 1997).


7. / Crases et catastrophes extrêmes aux XXe et XXIe siècles

7. / Crases et catastrophes extrêmes aux XXe et XXIe siècles.
La perspective négative doit encore être découverte : celle des crases comme idéologies de substitution à des réalisations attendues. Il s’agit souvent de réalisations sinon impossibles du moins très difficiles à produire. .
Le vingtième siècle l’a mis en évidence avec des conséquences relevant de l’horreur la plus grande. Les royaumes et les empires, vaincus dans la première guerre mondiale, vont produire des crases de sursaut. Là encore, la crase sémantique souligne parfois la crase sociologique tentée dans le réel, comme dans le cas du national-socialisme ou « nazisme ». De même, par l’image, les fascismes. .
Il s’agissait de constituer une entité unique avec déjà « l’impérial-national » sacré des classes dominantes et le social espéré par les classes dominées. Au plan des articulations, Bismarck l’avait tenté, avant la déstabilisation allemande de la première guerre mondiale et de son traité de Versailles. Au-delà de quelques réalisations nationales-socialistes initiales, la crase impossible a engendré son propre « forcing » jusqu’à devoir se soutenir des perversions extrêmes entraînant la Shoah. .
L’autre crase, celle de « l’international-communisme et du national-communisme » (« le communisme dans un seul pays ») n’a pas laissé de crase expressive sémantique. Elle a été recouverte par le nom propre de leur artisan autoproclamé : Staline en Russie, Pol-Pot, au Cambodge. .
Les crases négatives horriblement destructrices se sont poursuivies au XXIe siècle. L’un des exemples les plus connus est celui d’Al-Qaida. Thérèse Delpech (2001) souligne cette crase entre hier et demain : « Al-Qaida a eu recours à des pratiques low-tech (des virements d’argent selon des méthodes en cours à Peshawar, par exemple) ou au contraire des pratiques high-tech (le cryptage des messages via internet). .
Edgar Morin (2001) élargit ce constat : « Une alliance s’est nouée entre deux barbaries, l’une de destructions et massacres venue du fond des âges, l’autre, intérieure à notre civilisation, venue du règne anonyme et glacé de la technique, d’une pensée qui ignore tout ce qui ne relève pas du calcul et du profit. Le benladénisme constitue une nouvelle alliance entre les deux barbaries. »


8./ Mutations, crases et articulations : forçages destructifs ou constructifs

8./ Mutations et crases : forçages destructifs ou constructifs.
Tous ces exemples montrent plusieurs choses. Les crases sont des processus et des procédés qui ne comportent pas, en eux-mêmes, de significations d’avance positives ou négatives. Leur manière de conjoindre, en les forçant, des réalités qui résistent peut tenir de la trouvaille géniale à consolider ensuite par des articulations. Elle peut, au contraire, relever d’une obstination aveugle, d’un entêtement identitaire bloqué qui peut mobiliser les violences les plus extrêmes. La crase comporte sa propre bifurcation qui peut se situer au moment même de sa conception. Mieux vaut le savoir : attention danger ! .
Non seulement l’histoire humaine n’est pas finie mais elle n’est pas en mesure de se prémunir des pires catastrophes humaines et physiques. .
Cependant, les langues sont vivantes et ne cessent d’inventer en fonction d’un réel en constante évolution. Pas de façon neutre, elles jouent dans les registres de nos espoirs, de nos craintes, de nos attentes. Elles anticipent, imaginairement, des crases réelles qui traînent à émerger. .
Dans la mondialité, les langues se rencontrent et, davantage, elles entrent en crases réelles diverses qui méritent d’être signalées par les crases sémantiques qui le disent avec le franglais, le spanglish, le Wallsglish, le portunol. .
Quand les crases ne sont que productions hâtives et superficielles, elles sont balayées par l’évolution du réel et elles disparaissent. C’est déjà ce qui se produit pour notre cas-titre. Dès le 24 novembre, les médias, plutôt que le couple, présentaient maintenant le trio Merkel, Sarkosy, Monti. L’un, l’autre ou les deux chefs d’Etat, demain, cèderont leur place de responsables à d’autres. Les journalistes trouveront autre chose. .
Quand les crases (leurs acteurs) tentent de maintenir des situations dépassées, elles peuvent y parvenir mais en usant de prothèses aberrantes, perverses. Ainsi du nazisme : son projet de surpuissance pensait réussir en associant ressources culturelles antérieures (l’ethnicité – tourné en racisme - du communautaire-tribal, le « Reich » pour mille ans, issu du Royal-impérial) et ressources culturelles nouvelles (le national, le socialisme, la vitesse de la Blitzkrieg). Le développement des perversions, jusqu’aux extrêmes, suscite la révolte chez ceux qui se sont orientés d’une façon crastique autrement plus ouverte. Le choc frontal va se développer jusqu’aux violences les plus extrêmes. .
Lorsque les crases inventées, rencontrent en profondeur le réel, elles l’évoquent à travers des mythes contribuant à construire les relations humaines avec les cosmologies et les religions. Ou même elles inventent des créations esthétiques nouvelles comme, par exemple, avec le cubisme. Ou encore elles conduisent à des inventions morales, sociales, juridiques. C’est là, nous l’avons vu, que les crases ont besoin des articulations pour conduire à des transformations réelles et durables. Ainsi, la crase de l’autorité et de la liberté est mythique. Il lui faut se fonder, s’assurer, se maintenir à travers, par exemple, l’articulation entre pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire comme Montesquieu l’a souligné dans « L’Esprit des Lois ». .
Certes, il s’agit toujours de faire une seule réalité de plusieurs qui s’ignorent ou s’opposent ; de dire plusieurs choses, en une seule expression, voire en seul mot ; mais, selon les circonstances et les libertés des acteurs, on entraine des modalités créatrices ou destructrices. L’Europe ne parvient pas à inventer la crase et l’articulation de son unité et de sa diversité, de ses gouvernants et de ses peuples, de sa politique et de son économie, de son ouverture et de sa fermeture informationnelle et religieuse aussi. .
Alors « Merkozy », une crase imaginaire humoristique, parmi d’autres. Une « incantation » là où la magie ne suffira pas, et même pourrait devenir perverse et redoutable dans un déchainement déjà connu de populismes, à la fois semblables et opposés, « mimétiques » comme dit René Girard. .
Il faut plus et mieux pour déjouer les oppositions stériles. Les uns exigent d’abord la rigueur de gestion avec une BCE vouée à contrer la seule inflation. Les autres, une BCE protectrice, prêteur en dernier ressort, pour affirmer la protection collective dans une Europe qui s’appelait hier « Communauté européenne ». Au lieu de la crase « Merkozy », il faut inventer l’articulation consensuelle des deux perspectives opposées. Espérons ! Le danger et l’urgence aidant !


9./ Bibliographie

9./ Brève bibliographie.
Barroux R. 2008. « L'amorce d'une "flexisécurité" à la Française » Le Monde du 14/01, pp.1-8. .
Berthoz A. 2009. La simplexité, Odile Jacob. .
Blache G. 2008. « Flexicurité » et « Marchés transitionnels du travail » : même combat ? Lettres d'Europe et Entreprises, n°42. .
Delpech Th. 2001. « Face aux nouvelles menaces », L’après onze septembre 2001, Esprit. .
Demorgon J. 2015. Complexité des cultures et de l’interculturel. Contre les pensées uniques, Economica. .
Demorgon J. 2010 Déjouer l’Inhumain. Avec E. Morin, Préface de J. Cortès, Economica. .
Lacorne D. 1997. Du melting-pot au multiculturalisme, Paris, Fayard. .
Morin E. 2001. « Société monde contre terreur monde », Le monde du 22-11, supplément. .
Morin E. 1990. Introduction à la pensée complexe, Paris, ESF. .
Mourre M. 1978. cf. Açoka, Clovis, Constantin 1er le Grand, Wladimir 1er, Dictionnaire .
encyclopédique d’histoire, 10 t., Paris, Bordas. .
Rosnay, Joël de, 2014, 1975, Le Macroscope, Seuil.


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Les citoyennetés dans le devenir européen et mondial
Travail de mémoire, histoire et citoyennetés

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I/ Une de couverture : Dynamiques interculturelles pour l'Europe


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V/ Note aux libraires

Autrefois, en France - mais encore aujourd’hui, ailleurs - trois personnes ensemble constituent déjà un groupe factieux et leur rencontre est un délit passible d’emprisonnement. Une conquête sociale comme celle de la citoyenneté étendue résulte d’une histoire où des personnes, des groupes, des organisations se sont investies, parfois au péril de leur vie. L’exercice actuel de la citoyenneté dépend ainsi d’un lien intergénérationnel. Un devoir de mémoire en résulte impliquant aussi une recherche d’une plus grande intelligibilité historique.
Pour étudier ces questions, un groupe de travail a été constitué à l’Ofaj. Avec la spécificité, propre à l’institution, de partir des réalités concrètes des citoyennetés vécues par des Allemands et des Français. Les chercheurs ainsi réunis n’ont pas manqué, à diverses reprises, d’inviter des chercheurs d’autres cultures nationales, par exemple italiens, travaillant sur ces questions dans les Universités de Milan, Rome et Bari. Le thème de ces rencontres qui se poursuivent est de s’interroger sur l’idéal général de la citoyenneté, ses origines et son devenir, en cherchant à comprendre les traductions culturelles différentes du phénomène selon les pays.


VI/ Les paradoxes historiques de la démocratie et de la citoyenneté

1/ Inclusion et exclusion en Grèce

2. Inclusion et exclusion à Rome

3. Inclusion et exclusion et Révolution française

4. Une inclusion étendue, une exclusion maintenue

VII/ Les trois moments de la genèse des nations en Europe

VII/ Les trois moments de la genèse des nations en Europe
Les exemples historiques nous montrent que l’inclusion semble toujours se définir par rapport à une exclusion. En effet, la grande vertu de l’inclusion, c’est d’accroître la quantité de personnes et de groupes réunis pour fortifier la société. Le slogan “l’union fait la force” est assez connu. En principe, les Constitutions universalistes de la Révolution française ne reconnaissent aucune autre distinction légitime que celle des vertus et des talents. Mais elles sont néanmoins obligées de déterminer la citoyenneté en référence à un territoire. Par là même, elles excluent tous ceux qui n’y résident pas. Même s’il est parfois précisé que des étrangers exceptionnels, “jugés par le Corps législatif comme ayant bien mérité de l’humanité” (Constitution de 1793, art. 4), pourront être accueillis dans la nation française.
Dans une société, la recherche d’unité entraîne fréquemment une défiance à l’égard des différences. En ce sens, les bases de la citoyenneté comportent toujours quelque intolérance généralement refoulée. Certaines identités ethniques ou/et territoriales deviennent suspectes d’être des facteurs de division de toute société nouvellement unifiée.
En France, l’unité se fit laborieusement au cours des siècles. Elle fut le produit d’un centralisme réduisant les identités régionales prétendant à une certaine indépendance. Dès 1790, le gouvernement révolutionnaire s’empresse de diviser la France en 83 départements pour mieux l’uniformiser.
Pendant toute la période coloniale, les peuples colonisés sont largement laissés à leurs différences dévalorisées. L’effort d’intégration apparaît impossible. Les décolonisations vont partiellement revaloriser ces différences. La mondialisation va leur permettre de se manifester à nouveau mais c’est en les mettant au défi de la rejoindre dans ses performances. La construction d’une Europe unie met inévitablement en cause la dynamique de l’unité et de la diversité. Quel type d’unité peut être choisi ? Quelles diversités doivent être prises en compte et comment ? De ce fait, il est indispensable de considérer quelles sont les grandes dynamiques d’unité et de diversité qui ont, par le passé, contribué à structurer l’Europe et ses pays.
Aujourd’hui encore, chaque pays européen dans son devenir actuel se situe nécessairement en interaction avec sa genèse historique. Celle-ci le marque aujourd’hui encore à travers nombre d’animosités et d’intolérances qui persistent entre les populations qui ont été en guerre ou déplacées du fait de ces guerres et de leurs règlements.
On a vu, dans le cas de la Yougoslavie jusqu’où pouvaient aller de nouveau ces hostilités. Or, ce qui a explosé, en Yougoslavie, se trouve présent dans les relations de nombreux autres pays.
Pour l’instant, ne prenons ici qu’un exemple moins connu : celui des Polonais et des Lituaniens qui n’est pas en voie de règlement, en dépit de diverses résolutions positives.
Toutes ces questions, héritées du passé mais toujours bien vivantes aujourd’hui, doivent donner lieu à des analyses nouvelles et profondes afin de produire une intelligibilité qui manque encore.
Bien entendu, cette intelligibilité supplémentaire ne transformera pas, du jour au lendemain, l’hostilité en coopération compétitive. Elle représente cependant pour l’Europe un atout considérable, indispensable : celui d’une autre pensée de son histoire. Cette pensée, sans renoncer à produire aussi des jugements, peut situer l’ensemble des actions et des événements dans le cadre d’une autre histoire, - plus généralisante, plus englobante, plus objective - des évolutions des sociétés.
Pour en trouver les conditions, nous devons quitter le niveau encore trop habituel de l’histoire : celui des pays et des gouvernants. Il faut les resituer en fonction de données plus générales qui les structurent. Ce sont les grands secteurs d’activité dans lesquels les humains s‘investissent diversement constituant ainsi de grandes formes différentes de société. Celles-ci, mises en oeuvre à travers le développement même des sociétés singulières s’opposent et se composent créant aussi cette singularité des sociétés et par-là-même les conditions de leurs interactions.
L’Europe, au long de deux millénaires, se trouve ainsi référée à quatre grandes formes : communautés ou tribus, royaumes ou empires, nations-marchandes, sociétés informationnelles-mondiales. Dans la première moitié du premier millénaire, l’opposition reste importante entre communautés ou tribus situées au nord et l’empire romain situé au sud. Après la chute de celui-ci, les sociétés communautaires tribales encore partiellement nomades vont s’étendre du nord de l’Europe à l’Afrique du nord en produisant de multiples royaumes. Longtemps, les destins de ces royaumes seront liés aux devenirs de leurs souverains cherchant à consolider leurs dynasties comme à accroître leurs territoires par mariages et par conquêtes militaires.
*
Sur cette base, trois moments se révèlent fondamentaux pour la constitution de nations.
a/ D’abord, ce sont plutôt des royaumes qui vont y parvenir que des empires. Les empires comptent sur la transcendance de l’unité politico-religieuse qui peut seule rassembler tant de peuples divers.
Plus petits, les royaumes travailleront davantage dans une perspective d’approfondissement institutionnel et culturel visant à constituer plus concrètement leur unification. Bien souvent, avant d’y parvenir, ils seront détruits et englobés par les empires.
Cependant, deux royaumes, l’Angleterre et la France, y parviendront par deux voies différentes. Avec toutefois un passage commun indispensable :celui d’une captation de la transcendance religieuse au profit de leurs projets politiques.
Tel est le premier moment de genèse du national. A partir de là, en dépit de multiples revirements et d’alliances changeantes, les sociétés déjà plus unifiées intérieurement vont tout faire pour échapper aux prétentions des empires. Elles y seront encouragées en raison du morcellement des empires et de leurs rivalités internes.
De leur côté, ces empires, toujours relativement composites continueront à se fonder davantage sur une transcendance politico-religieuse.
Parfois, comme la Russie, ils amorceront aussi une tentative de nationalisation de ce religieux. Même dans ces cas, la transcendance religieuse continue de s’imposer comme référence unitaire principale au détriment d’une transcendance politique qui reste à constituer de façon autonome.
Un cas très clair est ici celui de l’Espagne. En raison de sa lutte séculaire contre les musulmans, c’est la référence au catholicisme qui lui a servi d’unité supérieure en lieu et place d’une nécessaire unification politique.
Le premier moment de fondation des nations est ainsi profondément dissimulé au coeur des incessantes et multiples interactions des royaumes et des empires. Il ne va pas donner ses véritables fruits avant l’apparition de conditions nouvelles ouvrant sur le second moment de genèse des nations.

2/ Ces conditions nouvelles vont être principalement la mise en oeuvre plus étendue et plus intense des activités économiques et des activités informationnelles. Sur ces développements, la mise en cause des formes de sociétés royales va s’effectuer d’abord en Angleterre et aux Pays-Bas et, par la suite, en France, selon deux variantes décisives.
Dès lors, une opposition fondamentale se met en place entre ces sociétés européennes en train de se transformer en nations-marchandes - qui se nomment elles-mêmes “démocraties” - et les autres sociétés européennes en difficulté du fait de leur insuffisante unification politique et qui restent encore des empires ou se prolongent en dictature.
Les deux grandes Guerres mondiales vont malheureusement constituer, par leur violence extrême, l’horrible concrétisation de ces oppositions.
Après elles, aura lieu une première généralisation à travers l’Europe et le monde de la forme sociétale nationale-marchande et du régime démocratique avec leurs différentes formes.
L’historien britannique Hobsbawn l’a clairement formulé : “C’est la fin des empires”. Celle-ci se prolongera dans l’implosion de l’URSS et dans l’évolution de la Chine.
Toutefois, il n’est pas exclu que cette forme impériale, plusieurs fois millénaire, puisse encore se maintenir dans ses nouveaux avatars ou même constituer une tentation et une dimension de sociétés futures.
Mais au moment même où se généralise cette nouvelle forme de sociétés qu’est la nation-marchande, elle apparaît déjà profondément mise en cause par le surgissement d’une nouvelle forme sociétale.

3/ La nouvelle forme de société c’est la société d’économie informationnelle mondialisée. Elle est apparue en raison de la concurrence exacerbée des nations marchandes entre elles. En effet, cette concurrence a conduit à dégager le nouveau défi décisif, celui de la maîtrise d’une information économique au plan mondial.
Comment les nations-marchandes - y compris d’ailleurs les Etats-unis - vont-elles aborder ce troisième moment, celui que nous vivons, de la genèse des nations en Europe et dans le monde ?
Comment la démocratie et la citoyenneté construites lors du second moment de genèse des nations vont-elles pareillement se développer, disparaître ou se réinventer ?
Pour avancer dans ces difficiles questions, il nous faut mettre en évidence comment chaque pays européen s’est composé à travers telle évolution historique spécifique qui se prolonge aujourd’hui et comment, du fait de sa différence actuelle, il entre plus ou moins difficilement en relation avec les autres pays, par exemple, dans la constitution d’une Europe unie.


VIII/ La première genèse des nations européennes

1/ L’Europe et les formes de sociétés

2. L’Europe et les secteurs d’activité

3. Sacralisation du politique; nationalisation du religieux

IX/ La première genèse des nations européennes

1. Une économie britannique politique fonde la supériorité nationale

2. La France et la “crase” nationale du politique et de l’économique

3. De la Prusse à l’Allemagne : l’atout économique et la “crase” impériale-nationale

4. Genèse de la Première Guerre mondiale et crise des Empires

5. La Deuxième Guerre mondiale et la démocratie imposée

X/ La genèse de l’informationnel-mondial

1. L’informationnel-mondial comme dominance

2. Genèse de la criminalité mondiale

XI/ L’Europe : de l’élargissement aux approfondissements

L’Europe : de l’élargissement aux approfondissements.
Les problèmes de l’Europe se comprennent mieux grâce à un triple référence à son passé, à son présent et à son avenir.
Son passé est celui de sociétés qui se sont constituées les unes contre les autres. Cela s’est fait déjà quand toutes ces sociétés étaient des royaumes et des empires. Cela s’est poursuivi et même accentué quand certaines sociétés sont devenues des nations marchandes démocratiques alors que les autres restaient des royaumes et des empires. En effet ces deux formes de société étaient assez profondément incompatibles, comme nous l’avons montré ailleurs.
.C’est ainsi que le passé européen a été à la fois d’une grande richesse et d’une grande violence. Une grande richesse parce que dans leurs oppositions, les pays européens inventaient des ressources nouvelles pour se trouver supérieurs. Une grande violence dans les moments où les pays ne parvenaient plus à savoir qui était le plus fort. Chaque pays ou chaque groupe de pays voulant faire reconnaître sa supériorité ne voyait plus d’autre solution que le recours à la guerre.

Ce sont ces guerres successives, et en particulier la première et la seconde guerres mondiales, qui ont entraîné la décadence de l’Europe. Il est alors apparu aux Européens qu’ils devaient mettre un terme définitif à ces violences d’hier et que le meilleur moyen pour y parvenir était de se constituer en communauté unie.
D’autant plus que si les nations marchandes du Nord-Ouest de l’Europe (Grande Bretagne, France, Belgique, Pays bas et Pays scandinaves) l’avaient emporté à deux reprises sur les Empires centraux, ils y avaient été aidé non seulement par les Etats-Unis, nation marchande démocratique mais aussi par cet empire de l’Est, l’URSS.
A l’issue de la seconde guerre mondiale, l’URSS avait étendu sa domination sur l’Europe de l’Est ’et mettait profondément en cause les sociétés occidentales et d’abord directement celles du centre et de l’Ouest. C’était donc également dans une perspective de défense à l’égard de l’URSS qu’il leur fallait rester,unies entre elles et avec les Etats Unis.
Ce fut l’origine du plan Marshall d’aide à la reconstruction de l’Europe du centre et de l’Ouest prolongé ensuite par le traité de l’Atlantique nord, définissant l’altantisme. Cela apparaissait aussi tout à fait nécessaire dans la nouvelle conjoncture d’une petite Europe nationale-marchande démocratique à la merci des menaces de l’Empire qoviétique.
Par la suite et particulièrement après l’implosion de l’URSS, l’Europe et ses pays se voyaient soumis à un tout nouveau défi. En effet, les concurrences économiques exacerbées dans la Triade : Etats-Unis, Japon, Europe, ont conduit les nations marchandes à chercher de nouveaux atouts. Elles les ont trouvés dans l’accès à l’information économique mondialisée.
Celui-ci est devenu le nouvel enjeu structurant et les Nations marchandes d’autrefois sont désormais conduites, dans la poursuite de leur concurrence, à se transformer en sociétés informationnelles mondiales. Cette exigence suppose de nouveaux moyens considérables poussant les nations à se constituer en véritables régions du monde quasi continentales.
On le voit, c’est donc un ensemble complexe de causes et de raisons qui entraîne aujourd’hui l’Europe à chercher à produire son extension et sa consolidation.
Malheureusement, les deux objectifs sont très difficiles à poursuivre ensemble. La solution retenue est celle d’un élargissement accepté dans le principe mais progressif dans sa réalisation. Le but étant de permettre d’équilibrer cet élargissement par certains approfondissements.
Le principal approfondissement aujourd’hui évoqué est celui d’une Constitution commune que pourraient adopter tous les pays européens et leurs peuples.
Une autre perspective est d’accroître la dimension démocratique de l’Europe mais là il y a bien des difficultés. Comment articuler ensemble les représentations démocratiques régionales, nationales et européennes ? Faut-il élire tous ensemble un Président de l’Europe ?
Sans préjuger de l’intérêt d’apporter des réponses à ces questions, nous voudrions proposer ici une nouvelle direction d’approfondissement tout à fait indispensable et relativement praticable parce que dépourvue de problématiques idéologiques et juridiques.
Il s’agit de prendre acte des nombreuses rencontres qui ont désormais lieu entre les Européens et, en particulier, dans la diplomatie, dans les activités de production et de commerce, dans les études et dans le secteur de l’éducatif. Il apparaît comme souhaitable et comme possible d’accompagner ces échanges d’une véritable culture des cultures européennes des pays et des personnes.
Nous allons, pour le moment, donner quelques exemples des différences importantes dans la conception de la nation et de la citoyenneté telle qu’elles se manifestent dans quelques pays de l’Europe occidentale et de l’Europe médiane.
En effet, il ne nous paraît possible qu’une citoyenneté européenne puisse être constituée technocratiquement et artificiellement d’en haut. Elle devra nécessairement résulter de connaissances, d’échanges, d’évolutions qui se feront à partir des pays, des groupes et des personnes qui constituent concrètement l’Europe d’aujourd’hui.


XII/ Nations et citoyennetés en Europe occidentale et médiane

1. Le déficit d’unité politique des pays de catholicisme prépondérant

2. Un citoyen italien pluriel

3. Le citoyen espagnol, de la transition démocratique aux Autonomies

4. La citoyenneté allemande : la diversité retrouvée

5. Paradoxale citoyenneté britannique

6. Nations et citoyennetés dans l’Europe médiane

7. Les Polonais, l’Etat et la Nation

XIII/ Citoyenneté européenne ?

1. Le citoyen vu par les membres du Parlement européen

2. Pseudo “post-national” et citoyennetés artificielles

3. Les Français face à l’Europe : un sondage fin 2001

4. L’Europe : élargissements, populismes et approfondissements

5. Communauté et citoyenneté, une construction antagoniste ?

6. La transitologie : le local, le global et leurs médiations

7. Allemands et français au travail sur leurs divergences

8. L’Allemagne, la France, la Pologne et le tiers européen

9. L’approfondissement interculturel européen et mondial

10. Citoyenneté européenne ?

Bibliographie

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Wihtol de Wenden C., La citoyenneté européenne, Paris, Presses de Sciences Po, 1997.

Chutes pour notes bib p. 150 -Zaplana prend le contre pied du pessimisme fréquent des Espagnols sur leur pays en intitulant son livre : Ferreras, p. 145 : “L’Espagne à la croisée de l’Europe : la réflexion espagnole actuelle. En 1994, l’Instituto Universitaire Ortega y Gasset et la Fondation La Caixa proposèrent, dans le cadre du Programme d’Études catalanes Joan Maragall, une réflexion sur le multiculturalisme et un cycle de conférences eut lieu sur le sujet suivant : “L’Espagne à la croisée de (Laurent Carroué, 1998, p.180-207).
SCHUMACHER Alois, “Citoyenneté et quête identitaire. Les codes allemands de la nationalité, in Allemagne d’aujourd’hui, n° 157, 07-09.2001, pp. 101-117.
J. Ferreras, p. 147 : FERRERAS Jacqueline, L’Espagne des autonomies et l’Europe, p. 141-156 in Raulet, op.cit.
p. 147 Michel Siguan in Espagne à la croisée de l’Europe, in Emilio Lamo de Espinosa (dir.), Culturas, estados, ciudadanos, una aproximacion al multiculturalismo en Europa, Madrid, Alianza Editorial, 1995.
Lacoste Y. (1998), Comment définir l’Europe médiane, in Hérodote, Géoshistoire de l’Europe médiane, p. 5 à 18, La Découverte.


Sommaire : Travail de mémoire, histoire et citoyennetés dans le devenir européen et mondial

Sommaire : Travail de mémoire, histoire et citoyennetés dans le devenir européen et mondial.
Introduction : Une libre rencontre publique internationale
I. Les paradoxes de la nationalité et de la citoyenneté
1. Inclusion ou exclusion ?
2. Unité-diversité; ressemblances-différences
II. L’Europe et ses formes de sociétés
1. Des communautés et tribus aux royaumes et empires
2. Royaumes entre eux ?
III. La dynamique rivale des secteurs d’activité
1. Sacralisation du politique; nationalisation du religieux
2. La nationalisation de l’économique
3. La France et la “crase” nationale du politique et de l’économique
4. Autriche, Allemagne : l’atout économique et la “crase” impériale-nationale
IV La genèse de la Première Guerre mondiale
V. La genèse de la Deuxième Guerre mondiale
VI. La genèse de l’informationnel-mondial
1. L’informationnel-mondial comme dominance
2. Genèse de la criminalité mondiale
VII. Les citoyennetés dans l’Europe occidenale et médiane
VIII. Citoyenneté européenne ?
1. Le citoyen vu par les membres du Parlement européen
2. Le pseudo “post national” et les citoyennetés artificielles
3. Les Français face à l’Europe : un sondage fin 2001
4. L’Europe : élargissements, populismes et approfondissements
5. Communauté et citoyenneté, une construction antagoniste ?
6. La transitologie : le local, le global et leurs médiations
7. Allemands et français au travail sur leurs divergences
8. L’Allemagne, la France, la Pologne et le tiers européen
9. L’approfondissement interculturel européen et mondial
10. Citoyenneté européenne ?


Jacques Demorgon, écrivain - mentions légales - réal. o multimedia